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Omar Merzoug : Camus, une statue intouchable ou un homme dans son siècle ? (Camus - L’écrivain désengagé)
Albert Camus (c) DR « Camus parle de son amour pour la terre algérienne, de son amitié pour les Algériens ; mais de la dignité des Algériens, de leur désir de liberté, il ne dit rien ». Cette affirmation peut servir véritablement d’exergue aux propos de l’auteur, dans son livre édité en octobre 2025, Camus L’écrivain désengagé. A cette citation, Omar Merzoug oppose immédiatement une citation de la « Lettre à un jeune Français d’Algérie » de Jean Sénac publiée dans Esprit en

Christiane Chaulet Achour
il y a 5 heures


Mariana Alves : « La loge est un croquemitaine qui brise les rêves de ceux qui osent à peine y croire» (La Classe et la fonction)
Janine Niepce (c) DR Tout commence par le cadre spatial, celui du 16e arrondissement parisien, dont la narratrice commence par décrire le luxe et le calme. Cependant, elle fait rapidement passer le regard des miroirs profonds à un lieu caché, invisibilisé : la loge du concierge. De courts chapitres, comme des poèmes en prose, parfois introduits par une sorte de titre en italique, racontent l’enfance de la « Grande petite » dans une de ces loges, et la vie de ses parents venu

Cécile Vallée
il y a 5 heures


Elena Ferrante / Gaia Saitta : Quand la descente aux enfers d’une femme se métamorphose en ascension libératrice pour toutes (Les jours de mon abandon)
(c) Vahid Amanpour De la maison bourgeoise, il ne reste que la structure, les armatures métalliques. Et à l’intérieur, tout va de guingois : l’évier est posé à même le sol, le canapé totalement bancal, la table de la salle à manger a été remplacée par une porte intérieure posée en pente, comme si l’ensemble avait été littéralement déséquilibré. Le sol est recouvert par endroits de monticules de ce qui ressemble à du sable brun : les gravas des cloisons détruites ? Mais quel

Delphine Edy
il y a 5 jours


Esther Salmona : Le mode incisif (Ce qui marque, incise)
Esther Salmona (c) Annabelle Verhaeghe Après Amenées (Éric Pesty Éditeur, 2017), le nouveau livre d’Esther Salmona, Ce qui marque, incise, écrit-composé à la fois dans la brisure et la retenue, dans l’aporie et le retrait, fait montre, comme sa maison d’édition, d’une belle discrétion dans chacune de ses pages, où quelques vers, seulement, s’agrippent à la verticalité de la page, se tiennent haut et tiennent bon dans le blanc tournant, courts et ramassés qu’ils sont, en quel

Jules Vilpado
il y a 5 jours


Anne F. Garréta : savoir enchaîner, savoir adapter, savoir composer (DJ, Portrait de l’artiste en animale nocturne)
Anne F. Garréta et une amie (c) Anne F. Garréta Par-delà les clichés associés au métier de DJ, le nouveau livre d’Anne F. Garréta, intitulé DJ, Portrait de l’artiste en animale nocturne, donne à voir l’essence d’un art dont la littérature parle peu, et que l’autrice fut la première à utiliser dans Sphinx (1986) pour construire un personnage de roman. Aujourd’hui comme alors, la mémoire et l’expérience personnelle servent de fondement à l’écriture, mais selon deux modalités t

Anne Boquel
il y a 6 jours


Spectres de Derrida : Chantier ouvert
Jacques Derrida (c) DR Après la nouvelle édition de Spectres de Marx en 2024, les éditions du Seuil récidivent avec l’assemblage de trois volumes publiés initialement aux éditions Galilée et maintenant à nouveau accessibles dans une édition augmentée : Force de loi (1994), Fichus (2002), Voyous (2003) – « voyous » en référence aux États (Irak, Iran, Corée du Nord) désignés comme tels par le président des USA George W. Bush en 2002[1]. Pour qui douterait de l’actualité de

Christophe Solioz
il y a 6 jours


Johann Chapoutot : Qui hissa Hitler au pouvoir ? Une histoire bien connue (Brecht, La résistible ascension d'Arturo Ui)
Johann Chapoutot & Bertolt Brecht (c) DR Non, Hitler n'a jamais été élu, et les nazis n'ont pris le pouvoir qu'à partir du moment où il leur fut donné, en janvier 1933 – alors qu'eux-mêmes n'y croyaient plus. Penser le contraire décrédibilise aujourd'hui encore notre confiance en la démocratie. « Uppercut : un essai & une pièce. Le politique, à l’entrechoc », voilà l'audacieuse et percutante ligne éditoriale de la nouvelle collection des éditions de L'Arche, cet éditeur d

Apolline Limosino
8 juin


Daniel Maximin : Une géopoétique pour dessiner l’avenir (L’Invention des désirades)
« Nous recréerons la poésie antillaise, blues taillé dans la pierre, notre cri de galet policé par la mer. Oui, faisons des diamants de nos injures. Collons au sol nos oreilles pour écouter passer demain. » (L’Isolé Soleil) Edité par Présence Africaine en 2000, ce recueil poétique de l’écrivain guadeloupéen bénéficie d’une nouvelle réédition dans la collection Points Poésie, aux éditions du Seuil, après avoir été réédité en 2009. Toute réédition, surtout dans une collection

Christiane Chaulet Achour
8 juin


Louisa Yousfi : « Je revendique le droit de disparaître dans le travail de la forme » (La Grande méthode)
Louisa Yousfi (c) Anthony Francin/La Fabrique Avec La Grande méthode, Louisa Yousfi signe un livre important. Important par sa force narrative, celle qui permet de creuser au plus profond de soi pour interroger ce qui reste du père quand celui-ci vient à mourir. Un texte qui n’hésite pas à dissoudre toutes les frontières génériques pour venir sonder les régimes de vérité, les régimes de croyances et offrir une parole neuve qui cherche à situer où nous sommes. Occidentée, la v

Johan Faerber
2 juin


Olivier Smolders : Liberté et résistance : leçons d’une histoire belge (Horace Van Offel. Histoire d’une trahison)
Le nom d’Horace Van Offel (1876-1944) ne dit pas grand-chose au public français. Même en Belgique, il a été vite oublié, malgré son rôle dans un épisode capital de l’histoire politique et culturelle du pays. En 1940, pendant quatre mois, Van Offel fut en effet le rédacteur en chef du journal Le Soir, dit « Le Soir volé », organe de presse choisi par les Allemands comme outil de propagande de l’idéologie nazie (il n’y avait pas en Belgique d’équivalent de la NRF). Rapidement d

Jan Baetens
2 juin


Retour sur L’Île de Luna : Edgar Morin, du deuil au deuil
Edgar Morin © Sens Critique La disparition d’Edgar Morin invite à reconsidérer certaines de ses déclarations anciennes, qui prennent aujourd’hui une résonance trouble, presque rétrospective, comme si elles revenaient autrement à l’écoute. Elle conduit aussi à relire L’Île de Luna, publié chez Actes Sud en 2017, qui mettait en récit la mort de sa mère — évènement matriciel de son imaginaire — dans une forme de retour différé sur une scène fondatrice. La mort écrite dans le ro

Simona Crippa
1 juin


Mohamed Kacimi : Genèse d’un parcours (Feu de Dieu)
« Grâce à Sartre, Naziha m’a sauvé de la solitude : je comprends alors que je ne suis pas le seul enfant à refuser de porter le fardeau de Dieu » (p. 193) Le récit qui vient d’être édité – chez Actes Sud comme de nombreux écrits de Kacimi – Feu de Dieu, est tout à fait singulier par sa matière et sa virtuosité d’écriture qui, à mon sens, en fait une de ses créations, en dehors de l’écriture théâtrale, la plus achevée. Au fil des pages, nous sommes tour à tour enchantés, subj

Christiane Chaulet Achour
1 juin


Lénaïg Cariou : Les embrasures de la parole (Les Dires)
Lénaïg Cariou © Carole Desheulles / BnF Une ville qu’on quitte, des langues qui se cherchent, des paroles qu’on échange : c’est par ces motifs que l’on entre dans le deuxième livre de Lénaïg Cariou, paru aux éditons MF. D’À main levée (LansKine, 2024) aux Dires, la poète chemine d’un sens à l’autre, du toucher à l’ouïe, du contact entre les peaux aux circulations de bouche à oreille. Car c’est bien sous le signe de l’écoute que se place Les Dires, ensemble de « poèmes conver

Maud Lecacheur
27 mai


Une traversée nocturne stroboscopique au cœur de l’absence : 'Des hommes endormis' de Martin Crimp / mise en scène Ludovic Lagarde
Crédit photo - Marie Gioanni La pièce de Martin Crimp, Des hommes endormis – initialement une commande de Katie Mitchell pour la troupe du Deutsches Schauspielhaus de Hambourg (2018), traduite en français par Alice Zeniter – met en scène deux couples dans un appartement bourgeois : Julia et Paul ont tout donné à leurs carrières respectives, leur métier a tout rempli, ou plus exactement – on le comprend au fil des minutes qui s’écoulent – tout vidé. Même dans leur espace vita

Delphine Edy
26 mai


Fariba Hachtroudi : Edition et (in)visibilité (Guerre en Iran - Journal de bord 2025-2026)
« Je me couche à deux heures du matin, avec en tête un vœu simple, banal : dormir. Pourquoi est-elle si belle la nuit, et la rivière d’étoiles qui se déverse sur nous ? Nul doute, le plus beau refuge du monde est la langue des poètes de mon pays » (p. 88-89). Fariba Hachtroudi a publié de nombreux essais et récits ; on peut l’entendre dans certaines émissions de radio, lire parfois ses articles dans la presse. Elle est connue donc comme écrivaine et surtout comme militante

Christiane Chaulet Achour
26 mai


L’effort de deuil et de trace dans l’œuvre d’Idir
Détail de couverture © Éditions du Rocher « Donne-moi la flûte et chante Car le chant est le secret de l’existence Et le sanglot de la flûte survivra Quand aura péri l’existence » Gibran Khalil Gibran « Cette petite flûte de nos montagnes Où la liberté s’engouffre S’unit au souffle du monde Et chante » Jean Sénac La force du mythe en littérature réside dans sa capacité, bien paradoxale, à évoquer des mondes qui, peut-être, n’existèrent jamais mais persistent au présent. Ré

Salah Améziane
20 mai


Sophie Fontanel : Le retour de la Sultane (Shéhérazade et la 602e nuit)
« Anahide n’avait rien fait d’autre avec moi que de m’ouvrir un destin […] Un livre, ça ne naît pas qu’à un endroit, ca naît d’une gerbe de concordances » (p. 253) Les Mille et une nuits sont un espace de création très particulier : le flou autour de leur naissance et de leur diffusion, leur construction précaire et fragmentée, leur résurrection par la traduction, par le rassemblement des textes et par leur voyage dans plusieurs langues expliquent, en partie, leur exception.

Christiane Chaulet Achour
18 mai


Louisa Yousfi : De quelle méthode s’agit-il ? (La Grande méthode)
Louisa Yousfi (c) La Fabrique Une gaouria au pays du père : « - Comment ressaisir les vieilles protections ? Les formules, les gestes, les rituels ? -Il faut les réinterpréter. Non pas les mimer, mais les réactiver ». Louisa Yousfi est journaliste et écrivaine. En 2022, elle a publié Rester barbare. En 2024-2025, elle a été pensionnaire à la Villa Médicis. D’où ce livre. Lorsqu’on consulte le site de son éditeur, on voit le nombre assez impressionnant de rencontres dans tout

Christiane Chaulet Achour
11 mai


Annemarie Schwarzenbach – ange rebelle
Annemarie Schwarzenbach (DR) Avec la publication simultanée d’un recueil d’essais et de quatre inédits relatant les séjours à Paris d’Annemarie Schwarzenbach (1908-1942) entre 1928 et 1930, les éditions Payot mettent à l’honneur l’ange rebelle[1]. Cette heureuse initiative éditoriale est complétée par une bio graphique témoignant du vif intérêt que suscite tant l’œuvre que le parcours de la célèbre écrivaine et photographe helvétique. Précédemment, le travail de María Castre

Christophe Solioz
11 mai


Madeleine Pelletier féministe : la nuance à son radical
Madeleine Pelletier (c) DR Radical. Étymologie : racine. Madeleine Pelletier, dans son féminisme, retourne au radical de la pensée : elle l’enracine dans des prémisses rigoureuses et une finesse chirurgicale, en dépit de ce qui survit de sa réputation de fauteuse de trouble virago : la femme sera libre, ou ne sera pas. Loin d’être une misandre dégainant pistolets et canifs à toute occasion, elle se montre en réalité particulièrement critique et nuancée vis-à-vis du « féminis

Pauline de Toffoli
4 mai
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