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Antoine Wauters : « Quand je me suis mis à écrire, il y avait quelques personnes à mes côtés et Duras en faisait partie »



Antoine Wauters (c) Lorraine Wauters/Verdier


En moins d’une dizaine d’années, Antoine Wauters s’est imposé comme une des voix les plus remarquables du contemporain. De Nos mères jusqu’au Plus court chemin, le jeune écrivain fait entendre une parole qui se sent en amitié avec celle de Marguerite Duras. Collateral ne pouvait manquer de mesurer cet héritage de Duras en compagnie de l’auteur de Mahmoud ou la montée des eaux.



Comment avez-vous découvert Marguerite Duras ? Un livre ? Un film ? Une pièce de théâtre ? Ses entretiens ? Quel a été votre réaction après la « rencontre » avec cette écrivaine ?

 

Notre professeur de français nous montrait des films audacieux (Jarmusch, Greenaway…). Un jour, il nous montre l’Amant. J’ai 18 ans, je ne peux pas dire que j’aime, mais ça me donne envie de lire Duras. Le barrage, le ravissement de Lol V. Stein. J’aime aussi Détruire dit-elle et La maladie de la mort. Déjà alors, je préfère les formes brèves. Ce qui me plait chez Duras, c’est l’ambiance. L’eau, l’attente, les hôtels, l’ennui. Et comment l’écriture jette au milieu de ça des étincelles. A 18 ans, Duras est une révélation, pile comme Thomas Bernhard.  

 

 

Pourriez-vous me citer : le livre, le personnage, la phrase de Duras qui vous ont le plus marqué.e ? Pourquoi ces choix ?

 

Ce qui me revient, c’est l’usage du conditionnel dans La Maladie de la mort. Ça m’avait dérouté. « Vous devriez ne pas la connaître, l’avoir trouvée partout à la fois, dans un hôtel, dans une rue, dans un train, dans un bar… ». Je trouvais ça magique qu’un texte commence comme ça. D’un côté, c’était énigmatique. De l’autre, c’était comme une main tendue qui semblait dire : « viens, entre dans ce texte bizarre ». Il y avait là un pacte. Une écriture en forme de pacte. En même temps que je les lisais, les phrases aussi me lisaient. Je veux dire, elles ne se moquaient pas du lecteur. Elles le considéraient. Elles le regardaient.

 

 

Qu’est-ce qui vous fascine le plus chez elle ? Sa langue hyperbolique, anaphorique, ses silences ? Ses sujets atemporels qui reflètent, comme la parole du mythe, la mémoire à la fois collective et individuelle du XXe siècle ?

 

A côté du conditionnel, il y avait les répétitions, l’usage de la virgule. J’écrivais déjà un peu à cette époque et j’avais, en lisant Duras, la sensation de voir quelqu’un en train d’écrire. Ses phrases me semblaient à peine sèches, comme si elle venait de les inventer et que c’était toujours en mouvement. D’habitude, on lisait des produits finis, des livres finis. Avec elle, j’entrais dans le monde du processus. Un corps et des doigts reliés à une pensée qui se déployait sous mes yeux, qui cherchait. J’aimais ça. Qu’un texte soit toujours en train de s’inventer.

 

 

La « modernité » de son écriture, celle qu’elle a nommée dans les années 1980 « écriture courante », impatiente de s’exprimer, au plus près de l’intention orale et de l’inspiration créatrice a-t-elle inspirée votre œuvre ?

 

Quand je me suis mis à écrire, il y avait quelques personnes à mes côtés et Duras en faisait partie, c’est sûr.

 

 

Duras encore ou on la confie à l’histoire littéraire ?

 

Pour moi, c’est une amie. Chaque année, je relis Les lieux de Marguerite Duras, le magnifique livre d’entretiens qu’elle a réalisé avec Michelle Porte. Je suis quelqu’un que la répétition rassure. Quand je n’ai plus de goût pour l’écriture, je relis ce livre et je me sens mieux. Une amie ne peut pas appartenir uniquement à l’histoire. Même si elle en fait partie, c’est une présence de tous les jours.  


(Questionnaire par Simona Crippa/Propos recueillis par Johan Faerber)




Antoine Wauters, Le Plus court chemin, Verdier, août 2023, 256 pages, 19,50 euros

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