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  • Photo du rédacteurChristiane Chaulet Achour

Cyrille François : « La fréquentation passée de « voix francophones » m’aide aujourd’hui à être attentif à ce que les personnes disent de leur vécu »


Après l’entretien avec Meryem Belkaïd et les réponses à l’enquête sur « Postcolonialisme et enseignement » de Cécile Vallée, Salah Ameziane et Marie Fremin, Cyrille François répond, à son tour, à nos questions.

Cyrille François est actuellement formateur d’adultes en français langue étrangère. Il a soutenu, en 2012, une thèse intitulée Les Mille et une nuits dans la littérature moderne (1904-2011). Il est l’auteur de nombreux articles scientifiques


Vous avez mené vos recherches pour vos diplômes (du master à la thèse) sur des corpus de textes qui ne sont pas vus, dans l'université française, comme essentiels et légitimes au point d'avoir droit de cité plein et entier. Pourriez-vous rappeler tout d'abord le titre, le contenu résumé et la date de soutenance de votre thèse. Puis vos essais pour être recruté dans une université.

Voilà une dizaine d’années, le 7 mars 2012, que j’ai soutenu ma thèse sur Les Mille et Une Nuits dans la littérature moderne. Comme le titre l’indique, il s’agissait de faire une synthèse du « travail » des contes des Mille et Une Nuits dans les littératures du XXe siècle (francophones mais pas seulement, européennes mais pas seulement) et l’imaginaire occidental. Ce suivi de l’histoire des Nuits à l’époque moderne mettait en évidence les points de vue croisés d’écrivains, d’institutions et de collectivités sur cette œuvre, avec ce que cela supposait d’identification, d’appropriation, de détournement et de rejet. Le corpus était composé partiellement de textes francophones dans la mesure où l’appropriation de cette œuvre que sont Les Mille et Une Nuits dans la littérature française et d’autres littératures francophones était révélateur de ce que, de toutes parts, on pouvait et voulait en faire – de ces récits.

Parallèlement, d’autres travaux de recherches ont porté sur les poésies et romans francophones des Antilles et d’Afrique. J’explorais des littératures d’une grande richesse, d’une grande force  et à l’évolution desquelles j’assistais.

Ces recherches ont tourné un peu court dans la mesure où les concours de recrutement, pendant près de 10 ans, ne m’ont pas été favorables. Puis-je justifier cela par mes corpus ? Peut-être en partie si l’on considère le peu de places ouvertes pour les profils francophones. Mais ce n’est pas la seule raison : un parcours plus solide académiquement, avec l’agrégation, voire Normale Sup’, ou, peut-être, avec une expérience gratifiante à l’étranger, m’aurait apporté des atouts supplémentaires voire décisifs.

 

 

Quelle est votre position par rapport  à cette situation de marginalisation?

Aujourd’hui, je ne sais trop ni mesurer ni quoi penser de la marginalisation des littératures francophones. Je dirais seulement que l’Université passe peut-être à côté d’œuvres en mesure de donner du plaisir, de dire le monde dans lequel nous vivons, de nous y éveiller. Elle passe peut-être à côté de ce qui pourrait réconcilier des jeunes avec la littérature.

Avec le recul des années, cette marginalisation pourrait nous alerter non sur le « qu’est-ce que » mais le « comment et pourquoi » on enseigne la littérature à l’Université. Et, de là, au « comment et pourquoi » faire tenir le récit, la poésie et le théâtre dans notre société. C’est l’orientation qui, depuis, ma thèse, a été au cœur de mon parcours d’enseignant.

Aujourd’hui, si par une facétie du destin, je me retrouvais à enseigner la littérature à l’université, j’essaierai vraiment de le faire d’une autre manière que celle de mes premières années.

 

 

Dans votre activité professionnelle actuelle, que faites-vous de tout ce travail de recherche et de découverte?

En douze ans, faute de poste et dans la nécessité de me réorienter, je me suis peu à peu éloigné de la littérature francophone sans la mettre au rebut : j’ai continué à jeter un œil sur des publications récentes, voire à en lire quelques unes – trop rarement.

Lorsque mon parcours m’a conduit à rédiger un mémoire en Français Langue Étrangère, j’ai choisi d’étudier la narration orale comme médiation linguistique et interculturelle. Deux raisons plus ou moins conscientes ont motivé cette réflexion : d’une part ma propre pratique de la narration orale : d’autre part tout ce à quoi les littératures francophones m’avaient sensibilisé, notamment la conscience de l’outil linguistique, l’expression d’une culture (un héritage, un désir de transmission, une recherche de ce qui est à dire dans l’internationalisation et la mondialisation culturelles).

Auprès des apprenants allophones, je n’ai jamais réussi à donner une place à la littérature écrite et à faire en sorte qu’elle « conte » ou qu’elle chante. Quant à l’oralité, la mise en pratique n’en est encore qu’aux tâtonnements.

La fréquentation passée de « voix francophones » m’aide aussi peut-être aujourd’hui à être attentif à ce que les personnes disent d’eux, de leur vécu, de leur culture et à discerner tant bien que mal ce qui peut se jouer dans les relations interculturelles.

En tant que conteur, enfin, il m’est arrivé de raconter des histoires provenant d’autres cultures. Je les aborde avec des questions et des précautions similaires à celles qui encadraient mon enseignement des littératures francophones.

 

 

 

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