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Laëtitia Deleuze : « Avec 'L’Opoponax', j’ai été fascinée par l’écriture kinésique et cinématographique de Wittig »


Monique Wittig, à gauche © Irène Bouaziz / Yes We Scan


Laetitia Deleuze prépare une thèse sur l’œuvre de Laurent Mauvignier à New York University/Aix-Marseille Université. Ses recherches portent sur la voix, les expériences du corps et les écritures de l’événement dans les littératures de langue française modernes et contemporaines, au confluent d’approches poétiques, phénoménologiques et esthésiques. Pour Collateral, Simona Crippa est partie à sa rencontre afin que le jeune chercheuse partage sa vision de Monique Wittig.

 


Comment avez-vous découvert Monique Wittig ? Par la force de ses récits ou par la radicalité de sa pensée ?


C’est tardivement que j’ai découvert les textes de Monique Wittig, à l’occasion d’une reprise d’études aux États-Unis.

 

Avec L’Opoponax, j’ai été fascinée par son écriture kinésique et cinématographique, une phrase et un rythme qui passent par le corps et le déplacent. Dans la fiction et la lecture, des corps mouvants qui traversent du sensoriel, d’autres imaginaires, d’autres espaces-temps.  

 

Sa poésie, son humour aussi qui apparaît quand on ne s’y attend pas. Un rire ému qui touche juste, quelque chose très loin en vous.

 

L’impression de plonger au sein d’un temps primordial et poétique des perceptions, une immédiateté du vivre et du dire. Tout ce que l’écriture vous fait, comment le passage ou le rapprochement de certains mots entraînent un infra-événement, une éclosion… Ce qui se joue entre eux… Ça bouge.

 

Dans ses textes, il me semble que l’écriture et la pensée se nourrissent mutuellement. La phrase et la voix deviennent des « gestes renversement », elles prennent chair.

 

 

Mettre Les Guérillères au programme du bac afin que les "féminaires" révèlent « beaucoup de choses » que la « pensée straight » nous cache ? Afin de construire de nouvelles épopées et de nouveaux imaginaires ?

 

Oui, les deux. Un récit et son contexte socio-historique qui peuvent être abordés en transdisciplinarité.

 

 

« Les lesbiennes ne sont pas des femmes » : une déflagration dans les milieux féministes dans les années 1970 : sommes-nous prêts aujourd’hui à écouter cette idée si émancipatrice ?

 

C’était peut-être une formule un peu provocatrice à l’époque, et qui a souffert d’un socle notionnel divergent. Aujourd’hui, face à la fascisation de nos sociétés, à nous de protéger et de poursuivre les luttes féministes décoloniales, ainsi que celles pour les droits des minorités sexuelles et de genre.

 

 

« [Le] langage que tu parles est fait de mots qui te tuent » : cette affirmation que l’on trouve toujours dans Les Guérillères nous invite-t-elle à faire de l’écriture une force militante ?


Le langage est une matière vivante, il porte nos désirs, nos colères et nos révoltes. Alors oui, une des forces de l’écriture : que nous puissions y mettre de la vie intime et collective, ce qui nous arrive et ce qui arrive autour de nous. De l’espace pour les absentes, les invisibilisées, les histoires à réhabiliter, les questions qui n’y sont pas, ou pas assez.  


(Questionnaire et propos recueillis par Simona Crippa)



Hivewild - Matilda Sakamoto, (c) Laetitia Deleuze

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