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  • Photo du rédacteurAugustin Maupras

Sophie Loizeau : bousculer les lignes de la poésie (L’Ile du renard polaire de To Kirsikka)


Sophie Loizeau (c) Adrienne Arth


Parmi les livres de Sophie Loizeau, autrice qui ne cesse de bousculer les lignes de la poésie contemporaine depuis 2001, L’Ile du renard de To Kirsikka, tout récemment paru, figure parmi ses plus singuliers.

Sur cette île finlandaise habitée par une poète-ermite, il se passe d’étranges choses : les renards qui y abordent sont à moitié humains, tout comme La Selkie qui vient rôder autour de la cabane. Les rêves, les légendes, la magie, la folie s’entremêlent dans une écriture multiforme, alter, dominée par la nature et les animaux.  

L’entreprise de ce livre est en effet de jouer avec la traduction en nous faisant croire à une histoire : celle de Tove Kirsikka, dite To. K. « grande Femmelle agressive et sauvage », poète disparue, dont le manuscrit retrouvé incidemment va donner vie à travers des poèmes, des dessins, des photos.

A la fois, poésie, chant, récit, journal intime, biographie, ce livre riche et complexe, en couleur, réussit le tour de force de nous berner – l’avant-poème lui-même reste ambigu, sommes-nous bien certain.es de qui sont ces poèmes ?

 

Chants (poèmes d’inspiration ourlienne)

 

Chant du grèbe huppé

 

Je me suis levée en pleine nuit

[je m’inquiétais pour mon linge

à cause de la pluie]

il ne pleuvait pas 

des graviers remués par un grèbe c’est tout

comme j’habitais près de la rivière

je l’ai vu s’enfiler une écrevisse rouge

d’aspect filandreux

 

 

Chants du chevreuil

 

I

 

J’ai immobilisé ma jument [j’étais

ma propre monture ce jour-là]

j’ai mis pied à terre

pour mieux voir

 

sans ce rayon accrocheur

je ne l’aurais pas remarqué

il mâchait les feuilles à sa portée

il en tombait comme d’un saule

et se tournait de temps en temps

vers moi qui lui souriais

désarmée

à genoux

 

(…)

 

je caressai des yeux sa peau parfaite

il ignorait à quel point le soleil le révélait

ou bien le plaisir du soleil

l’emportait sur la peur


« Possession, compagnonnage fantôme, renouvellement énergétique, transfusion sanguine totale, mue… J’ai vécu To comme une grande sœur paumée (…) mais débrouillarde et courageuse (…) souffrant malgré tout de cet exil volontaire (…) avec l’espèce humaine » dit Sophie Loizeau dans le magnifique entretien qu’elle a fait dernièrement avec Pierre Vinclair dans la revue Catastrophes sur son œuvre en général et sur ce livre en particulier dont je ne saurais trop vous recommander la lecture.





Sophie Loizeau, L’Ile du renard polaire de To Kirsikka, Champ Vallon, mars 2024, 120 pages, 19,50 euros

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