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Un modeste hommage, un portrait infini de Mireille Calle-Gruber
Mireille Calle-Gruber (c) Droits réservés C’est Bernard Alazet qui m’a conduite jusqu’à Mireille. J’étais à la moitié de mon doctorat en littérature au Brésil, sur le point de partir à Paris avec une bourse afin de poursuivre mes recherches sur l’œuvre de Marguerite Duras. C’était une période sombre pour notre pays, avec un gouvernement de droite, réactionnaire, violent et hostile à la science, à l’enseignement, aux arts et aux universités. De nombreuses bourses d’études av

Isabela Bosi
il y a 1 jour


La communauté aimante ou penser avec Mireille Calle-Gruber
Mireille Calle-Gruber (c) Collection particulière/DR Lire, pour Mireille Calle-Gruber, ce serait un geste. Un geste à la fois ample et à chaque fois neuf, un geste qui se donne comme une puissance d’accueil, comme un souhait nu et premier où l’œuvre lue ne serait pas uniquement un texte, où l’œuvre deviendrait matière à lecture parce que l’œuvre apparaîtrait à chacun comme un don. Car lire, pour Mireille Calle-Gruber, ce serait peut-être le dévoilement de ce don, le geste pr

Johan Faerber
il y a 1 jour


Tu étais belle et de gauche : pour Mireille Calle Gruber
Mireille Calle-Gruber (c) DR Chère Mireille, Merveille qui rime, c’est facile, tu ne l’aurais pas utilisé, mais c’est ce que je pense de toi. Tu disparais, tout à coup, je t’avais écrit un mail, tu répondais toujours, tu m’avais laissée sans réponse. C’était bizarre, puis l’annonce de ta disparition, à la fin de l’été. Un choc. Difficile imaginer que ce corps-écriture n’était plus. Toi qui étais l’infinie littérature. Toi qui es d’abord apparue dans ma vie par tes é

Simona Crippa
il y a 1 jour


Elise Lespade : « Je voulais idéalement faire un objet littéraire qui se tienne à mi-chemin entre 'Top Gun' et Sophocle » (Paradisi Gloria)
Elise Lespade (c) Cyril Dion/ Le Cercle Ouvert Un premier roman en forme d'événement littéraire comme on en lit rarement : tels sont les mots qui viennent à l'esprit en achevant la lecture du magistral Paradisi Gloria d'Elise Lespade qui vient de paraître aux toutes nouvelles éditions du Cercle Ouvert. Grand texte, fort texte : en près de 800 pages, la romancière raconte notamment le destin romanesque d'Alexis de la Paz, orpheline qui fut major à Polytechnique, au destin puis

Johan Faerber
il y a 3 jours


Marie-France Pisier, la mort en fuite
Qui se souvient de Marie-France Pisier ?... Pour les jeunes générations, elle semble s'effacer de la mémoire cinéma. Malgré son nom remonté à la surface en 2021, dix ans après sa mort, dans les pages de La Familia Grande. Récit-séisme de sa nièce Camille Kouchner, où l’actrice-réalisatrice-romancière réapparaît, héroïque. Elle est la seule à briser l’omerta dans un clan qui protège les viols perpétrés par Olivier Duhamel sur son beau-fils mineur. Courage payé au prix d'une gu

Benoit Gautier
il y a 3 jours


Rachida Brakni : L’effacement (La Part absente)
Quel plaisir que la lecture de ce roman à l’écriture alerte et sans langue de bois, à l’inventivité si près de convictions qui n’enlèvent rien à la force de suggestion de l’écriture ! Une séquence historique que l’on veut oublier ou maquiller et une réalité sociologique à l’odeur de racisme dans la société française : oser parler de la guerre d’Algérie sans réserve sur le désir d’indépendance des Algériens, en choisissant la violence faite aux femmes et oser parler de la stig

Christiane Chaulet Achour
il y a 4 jours


Blanche Leridon : Nos indécisions, nos infidélités, nos abandons (Nos inachèvements)
Blanche Leridon © Tony Trichanh Quiconque a lu Fragments d’un discours amoureux de Barthes lorsque l’ouvrage est sorti en 1977 (la nouveauté de la forme et le plaisir se sont émoussés avec le temps) se souvient avec ravissement de l’émerveillement provoqué par le texte : « Mais bien sûr », « C’est tout à fait cela », « Comment n’ai-je pas su mettre les mots sur ce sentiment ? ». Car Barthes formulait au plus juste et avec brio ce que nous avions tous, peu ou prou, ressenti d

Catherine Poisson
il y a 4 jours


Célia Houdart : « J’ai souhaité qu’une érotique dicte la composition même du roman, la manière dont le réel et la fiction se tressent, se vivifient, s’excitent, font l’amour » (Notre-Dame-des-Anges)
Célia Houdart / Fondation Jan Michalski © Tonatiuh Ambrosetti Avec Notre-Dame-des-Anges, qui vient de paraître chez POL, Célia Houdart signe non seulement un des plus beaux romans de la rentrée mais confirme qu'elle est, depuis bientôt 20 ans, l'une des voix majeures de la littérature contemporaine française. Une voix rare et précieuse qui trouve ici une nouvelle inflexion, inédite, celle qui fait plonger la romancière dans des archives familiales, les 2332 lettres d'amour qu

Johan Faerber
il y a 5 jours


Véronique Ovaldé : « Alors que je continue obstinément d’écrire de la fiction, surgit un livre sur celle que je n’attendais pas. Ma mère » (Vivre sans bonheur et n’en point dépérir)
Véronique Ovaldé s’est saisi de ce matériau autobiographique avec brio. Elle joue sur la frontière avec la fiction et évite, comme d’habitude, toute mièvrerie, tout en suscitant l’émotion du lecteur et en atteignant « l’intériorité des choses ». « Un cœur simple » Elle commence par raconter l’enfance de Simone en prévenant que « c’est comme regarder dans un miroir brisé. On voit l’entièreté du visage mais par fragments disjoints ». Elle la décrit dans la cour de la ferme de

Cécile Vallée
il y a 5 jours


Cycle au Forum des Images : "Sois-belle et tais-toi !" (du 15 septembre au 1er novembre)
L'agenda de Collateral voulait en cette période de rentrée mettre un coup de projecteur à la reprise du Forum des images, notamment à son nouveau beau cycle. En effet, du 15 septembre au 1er novembre, le Forum des images lance sa nouvelle saison avec un cycle inédit réunissant les figures de Maria Schneider et Delphine Seyrig, dans un geste à la fois cinéphile, critique et engagé. Le programme Sois belle et tais-toi !* emprunte son titre au documentaire manifeste, réalisé e

La rédaction
11 sept.


Daria Marx : « Écrire 'Tuer le vieux', c’est pour moi transformer une position de victime en position d’autrice » (Tuer le vieux)
Daria Marx (c) Flammarion Un choc émotionnel, un tour de force narratif : Tuer le vieux de Daria Marx, premier roman de son autrice, s'impose comme l'un des romans les plus remarquables de cette rentrée. Dans une trame resserrée, trépidantes, la narratrice qui doit enfin pouvoir porter plainte contre son grand-père qui, enfant, l'a violée apprend que son rendez-vous au commissariat a été annulé. Qu'à cela ne tienne, elle décide de prendre le premier train pour aller en découd

Johan Faerber
10 sept.


Claire Tencin : A proximité des altérités (Des Chemins pour se perdre)
« Les années se troublent dans ma tête avec le flux et le reflux des nouveaux arrivants » La question des migrants à accueillir ou à renvoyer « chez eux »… est une question on ne peut plus explosive et arpentée en tous sens en ces temps pré-électoraux. Celle des migrants mineurs isolés n’est pas moins sensible. On peut lire articles et études à ce sujet. En octobre 2019, un documentaire était disponible à la télévision et mettait la lumière sur une association, en Alsace, Sa

Christiane Chaulet Achour
10 sept.


Iris Brey : « Partager les expériences du corps féminin » (Une réponse)
Léo Boeglijn (c) LLL Il y a des livres qui racontent une expérience et d’autres qui déplacent, à partir d’elle, les coordonnées mêmes de nos existences. Avec Une réponse, Iris Brey écrit depuis un lieu où le désir cesse d’être une évidence pour devenir une question : que se passe-t-il lorsque, au moment même où une femme devient mère, une autre possibilité de sa vie affective et sexuelle se révèle à elle ? De ce déplacement, le livre en explore les résonances, les contradict

Simona Crippa
9 sept.


Le racisme, la misogynie et leurs ravages : Toni Morrison conteuse de l’innommable
Toni Morrison (c) John Mathew Smith 2001 Écrire la haine, écrire l’amour : voilà, peut-être, les deux plus beaux et terribles défis qu’un auteur puisse se proposer de relever lorsqu’il pose le pied sur le terrain vague des passions… Toni Morrison ne choisit pas. Elle embrasse l’un et l’autre, les confronte, les refond, les marie et les déchire, les pétrit jusqu’à ce que ses romans deviennent la fresque édifiante d’une condition humaine torturée, écartelée entre ses affres et

Pauline de Toffoli
9 sept.


Jennifer Tamas : « Questionner la nature du pouvoir, tel qu’il est envisagé par les hommes », (Barbe Bleue contre-enquête. Ce qui fait trembler les hommes)
Jennifer Tamas (c) Bénédicte Roscot/Le Seuil Il faut parfois revenir aux récits que nous croyons connaître pour mesurer à quel point nous avons appris à ne plus les lire. Avec Barbe Bleue contre-enquête, Jennifer Tamas rouvre le dossier d’un conte que des siècles de lecture ont enfermé dans une évidence morale : une femme curieuse, un interdit transgressé, des cadavres, un mari meurtrier. Mais que se passe-t-il lorsque l’on déplace le regard, lorsque l’on prête enfin attenti

Simona Crippa
8 sept.


Julia Kerninon contre son épigraphe (La Dernière des Wilberforce)
Julia Kerninon (c) Dorian Prost/L'Iconoclaste Deux familles se retrouvent sur une presqu'île, dix ans après la noyade d'une adolescente et le suicide d'un garçon, le temps d'une fête qui tourne au règlement de comptes. Le nouveau roman de Julia Kerninon s'ouvre sur une phrase de William Feaver, selon laquelle la maîtrise du langage n'est atteinte qu'à la condition de savoir « reconnaître ce qui est implicite, et non seulement ce qui est dit » (p. 11). C'est à cette phrase qu

Charles Garatynski
8 sept.


Lucie Rico : « Le livre est né de cette idée vertigineuse : parfois, pour retrouver sa mémoire, il faut sortir de la mémoire des autres » (Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ?)
Lucie Rico (c) Editions POL Aussi magistral formellement que profondément émouvant : avec Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ?, Lucie Rico signe l'un des meilleurs romans de cette rentrée. Après les épatants Chant du poulet sous vide et GPS, Rico livre un récit inattendu : une jeune femme, Jennifer, chargée de retranscrire des comptes rendus de plans de licenciements, constate, suite à un incident informatique, qu'il manque des lettres à son clavier mais surtout un

Johan Faerber
7 sept.


Isabelle Pandazopoulos : « De la tranquillité ? Moi je crois qu’ils ont surtout besoin d’avoir de quoi penser le monde qui les entoure ! » (Mordre l’orage)
Isabelle Pandazopoulos (c) Chloé Vollmer/Gallimard Fanny est documentaliste dans un collège à Argenteuil. Elle vit à Paris avec Guillaume, professeur dans le supérieur, et leur fille Bérénice qui passe son bac. Hadrien, l’aîné, a déjà quitté le foyer. Tout bascule quand elle reçoit des appels d’une notaire à propos de l’héritage de sa mère adoptive et qu’un incendie se déclare dans l’immeuble où sa fille passe la soirée chez une amie. C’est ce qui l’a fait mordre l’orage.

Cécile Vallée
7 sept.


Gouzel Iakhina : Eisenstein, la révolution en montage (Eisen)
Gouzel Iakhina (c) Wiktoria Bosc La littérature au défi de la biographie de Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein (1898-1948). Après Dominique Fernandez[i],Gouzel Iakhina relève le gant avec brio. Née à Kazan capitale de la république du Tatarstan (Russie), l’écrivaine vit depuis 2023 à Almaty (Kazakhstan)[ii]. Après ses études de l’anglais et de l’allemand, elle obtient un diplôme de l'École de cinéma de Moscou et se spécialise dans l’écriture de scénarios. Le fil rouge est pate

Christophe Solioz
4 sept.


La photographie en toutes lettres : l’exposition entre regard et mots
Claudine Doury, Artek, Le camp Kiparisini, Crimée ARTEK, 1994 Collection d’entreprise Neuflize OBC © Claudine Doury Cela faisait déjà de nombreuses années que j’avais lu, pour la première fois, un extrait de L’Usage de la photo d’Annie Ernaux et Marc Marie. Je me souviens de cette lecture comme d’un moment de faim insatiable. J’étais affamée des mots d’Ernaux, habitée par un besoin avide et irrépressible de me nourrir de cette écriture. Ce qui alimentait sans cesse ce besoin

Sara Durantini
4 sept.
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