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  • Photo du rédacteurSabrina Cerqueira

Qu’avez-vous fait de Marcela Iacub ?


Marcela Iacub aux Grosses Têtes (c) DR

Nous avions perdu Marcela Iacub aux alentours de 2013. Cette année-là, cette brillante juriste, directrice de recherches au CNRS, essayiste prolixe, chroniqueuse à Libération et figure d’un féminisme libéral fondé sur la critique d’une révolution sexuelle qui finalement n’avait pas eu lieu, publiait Belle et Bête (Stock, 2013), récit fabuleux de sa brève idylle avec Dominique Strauss-Kahn au moment même où celui-ci, accusé de viol à New York, contraint de renoncer à la direction du FMI et aux présidentielles qui lui tendaient les bras, tombait de tout son poids à terre et en même temps à ses pieds. Une femme de ménage noire parlait à New York : en France, la social-démocratie éplorée y perdait son poulain, et tout ce que Paris compte de gens curieux et d’intellectuels honnêtes, Marcela Iacub.

A la suite de la publication de ce livre, elle disparut en effet dans un feu d’artifices médiatique où se mêlaient conte de fées et relents de soufre, menace d’interdiction et procès*, fureur d’une épouse, cochon surpris, témoignages d’amis consternés et spécialistes de la santé mentale des juristes. Certes, elle avait, avant sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn, publié Une société de violeurs ? (Fayard, 2014), dans lequel elle mettait une nouvelle fois en garde contre la confusion de la morale et du droit, concernant en l’espèce cet homme dont elle affirmait qu’il n’avait pas violé. Mais désormais, Iacub était allée un peu loin, elle avait un peu trop mis la main à la pâte. Elle avait aimé, disait-elle. La pudeur avait choisi son camp.Et c’était ainsi qu’elle avait disparu.

Et puis il y avait eu #MeToo. Il y avait eu les lois sur le harcèlement de rue, les délits d’outrage sexiste et de voyeurisme, il y avait eu Le consentement, La familia grande, il y avait eu iel et la député Sandrine Rousseau, il y avait eu les mises en examen pour viol de Duhamel, de Poivre d’Arvor et de Depardieu, il y avait eu le poing brandi de Haenel, les colleuses, la popularisation de la charge mentale, du point médian et du violentomètre, il y avait eu les podcasts de Pudlowski, Triste Tigre et les paroles de tant de femmes. Iacub, en revanche, spécialiste du droit des mœurs, pourfendeuse, dans des ouvrages chroniqués par toute la presse durant une décennie, de l’idéologie familialiste, de l’asservissement des mères et du culte de la femme-victime, Iacub, donc, se taisait. Du moins le croyions-nous.

Car voici que sous la plume d’Eric Naulleau**, le Journal du dimanche, seul parmi tous, consacrait un entrefilet à son nouveau livre, Penis Horribilis – Une autre histoire du mouvement #MeToo, paru fin septembre chez Fayard. « Marcela Iacub n’est guère portée sur les préliminaires », commençait-il, avant de procéder prudemment au tri : oui à la critique de #MeToo, non à la critique du familialisme et à la revendication d’une femme sujet de son désir.




Tant de grossièretés furent cependant l’occasion d’une grande découverte. Iacub avait, tout ce temps, continué à écrire. Un livre sur la fin du couple, un autre sur Ernesto Guevara, un livre sur les tweets de #MeToo et bien d’autres encore, dont un livre sur son couple avec elle- même*** chroniqué par Marie-Claire, reçue chez l’auteur tout en haut d’un immeuble du XIVe arrondissement dont la cage d’escalier, soupirait-elle suavement, est si propice au suicide.

Et il fallut bien l’admettre : non seulement Iacub continuait à écrire, mais elle parlait. Chroniqueuse aux Grosses Têtes depuis 2014, peroxydée et comme vêtue d’un déguisement, elle faisait désormais tinter son accent argentin dans les rires gras des fins d’après-midis de RTL. Et, pas plus que nous ne l’avions lue, nous ne l’avions entendue. Mais comment était-ce possible ?

Selon une première hypothèse, depuis 2013, Iacub avait changé de public. Des médias sérieux, mainstream et réputés progressistes qui lui avaient ouvert leurs pages pendant dix ans aux Grosses Têtes, à Marie-Claire, au JDD ou au Point****, elle était passée de son monde intellectuel d’origine à ce qu’on appelle le grand public, propulsée là par la soudaine notoriété que lui avait valu Belle et Bête. Conspuée, Iacub était devenue célèbre et ne s’adressait plus aux siens. Mais cette hypothèse s’avérait insuffisante : car comment expliquer que, dans un contexte post #MeToo dont la déferlante bien nommée ne semble pas près de s’interrompre, les publications de cette féministe vigoureuse, critique féroce de la famille post-matrimoniale, ne trouvent plus d’écho que dans des médias pour l’essentiel conservateurs ou très clairement réactionnaires ?

C’est alors qu’apparut l’aveuglante évidence. En réalité, ce n’était pas Iacub, qui ne parlait plus. C’était #MeToo qui n’avait pas eu lieu. Et c’est bien ce qu’elle nous explique, dans les 136 pages de ce petit essai à la couverture ornée d’un pistil flamboyant.

Au commencement, admet Iacub, bien sûr, de nombreuses femmes ont parlé. D’emblée, elle cadre son propos : ce qui l’intéresse ici, ce ne sont pas ces paroles premières. Ce dont il s’agit de faire l’histoire, c’est de la parole des femmes telles qu’elle a été captée et instrumentalisée par une idéologie politique qui ne dit jamais son nom. En somme, contrairement à ce qu’indique le sous-titre de son livre, ce n’est pas une « autre histoire de #MeToo », c’est son anamnèse. Car dans la rue, dans les universités, à l’Assemblée nationale et dans la presse, dit- elle, ce sont d’autres femmes qui nous parlent. Mais de quoi, au juste, et dans quel but ?

De quoi, c’est assez simple. La description des hordes féministes lâchées dans les amphithéâtres et les salles de congrès, traquant sous les fauteuils l’Artiste qui s’y cache et, sous la peau de tout homme, la pulsion sexuelle, est claire : censure, stalinisme, mépris de la création, ressentiment, mais surtout, relève-t-elle, puritanisme. Car ce dont parlent ces femmes, c’est de sexe, et seulement de sexe. Il serait temps, observe d’abord Iacub. Toutes les études sérieuses en attestent : les femmes jouissent peu. Mais au lieu de se demander : « pourquoi jouissons-nous si peu ? », au lieu, donc, de s’employer à devenir comme les hommes des sujets et non des objets de désir, ces femmes se demandent : « avons-nous consenti ? » Un sujet désire et jouit, un objet consent ou refuse. Mais quelle est cette victoire qui voit l’objet revendiquer d’être un objet ?

Quant au but de cette parole libérée, nulle part il n’apparaît plus clairement que dans ses œuvres : à savoir de nouvelles pudeurs et de nouvelles lois, portant sur des intentions et des comportements plutôt que sur des actes, et légitimées par le principe a priori incongru d’un continuum entre le moindre propos déplacé et le viol ou le meurtre délibéré d’une femme.

De la même façon que la révolution sexuelle des années 70 n’avait libéré aucune sexualité et certainement pas celle des femmes, dont le statut de quasi-esclaves s’était trouvé à l’occasion réaménagé dans le cadre consolidé de l’idéologie familialiste (la famille étant réorganisée autour de la sexualité et non plus du mariage****), #MeToo est sans doute, dit Iacub, la dernière

ruse de cette idéologie pour faire tenir debout le cadavre des familles.Et c’est ainsi que, dans la continuité de la libération sexuelle de jadis, la libération de la parole accouche de nouvelles lois, de nouvelles restrictions sexuelles, compliquant toujours plus l’accès aux « faveurs sexuelles » des femmes, levier essentiel de l’économie du rapport homme/femme, et, par-là, de la famille. La vague puritaine de #MeToo s’inscrit en ce sens dans la lignée des luttes féministes conservatrices contre la pornographie et la prostitution dénoncées en tant que telles dans d’autres ouvrages14. Grande lectrice de Fourier et de Freud, Iacub le dit depuis toujours : rien de ce qui réprime passions et pulsions n’est bon pour les femmes, qui devraient plutôt s’atteler à devenir sujets de leurs désirs et plaisirs.Selon la formule connue, l’histoire se répète toujours, « la première fois comme une grande tragédie, la seconde fois comme une farce sordide. »*****. Iacub semble acquiescer et fait le constat inverse : à la farce de la libération sexuelle succède la tragédie de #MeToo et de ses héroïnes, idiotes utiles du familialisme.

Devenir sujet de ses désirs et plaisirs, soit. Mais alors, comment faire ? Ici, la démonstration bascule. Comme certains marxistes croient en l’inexorable déclin d’un capitalisme concentrant toujours plus la richesse, Iacub prophétise alors rapidement le déclin de la famille, statistiques et enquêtes à l’appui. Pour elle, les révolutions apparaissent de façon prosaïque dans les statistiques de l’Insee. Mieux que nos paroles, ce sont nos actes et les chiffres silencieux qui le disent : en l’espace de quelques décennies, parfois de quelques années, les liens familiaux se desserrent, les couples cohabitants se raréfient, les unions fondées sur le sang ou le droit se font et se défont plus rapidement, la monogamie devient une passion comme une autre, les parents alternants apprennent chacun à jouer à la fois le père et la mère, inventant ainsi le nouveau rôle du « parent », et la mère elle-même, jusqu’alors pilier des familles mais devenue « parent », vit de plus en plus seule, développant elle aussi des sociabilités choisies. Inéluctablement, loin du cri des hordes, dit Iacub, l’individu déclare son impossibilité en tant que membre d’une famille.

Bien sûr, comme celui du capitalisme, le déclin des familles ne se heurte pas seulement à quelques ruses - dont la stratégie du bouc-émissaire qui donne à l’exploité, la femme, le moyen de punir le mâle et ses pulsions pour mieux détourner nos regards de la base matérielle et de l’architecture juridico-politique qui verrouillent son exploitation. Il pose aussi quelques problèmes. La pauvreté de la mère célibataire, par exemple, en est un. Mais à qui la faute ? N’est-ce pas elle qui, très tôt, a bridé ses ambitions ? Iacub esquisse alors une typologie de la mère célibataire dont se détache une figure. Si la mère célibataire riche et travailleuse comme la mère pauvre n’ayant pas fait d’études peuvent être tenues pour des femmes post-familiales, en ce que chacune d’elle vit pleinement sa passion singulière sans dépendre d’un homme (la mère pauvre dépend de l’Etat et possède son enfant bien à elle comme le prolétaire de jadis), la multiplication des mères célibataires instruites qui, à la réflexion, préfèrent un jour l’appauvrissement à leur dépendance financière, prouve, par ce choix même, que la post- famille est désirable et, plus, qu’elle est là, devant nous.

L’émancipation de la femme, répète Iacub depuis l’Antimanuel d’éducation sexuelle, se prévalant sur ce point de la critique du mariage de Engels et des débuts de la Révolution russe, passe par le travail et non par la tarification du travail domestique ni par le respect dû à l’épouse, « prostituée légale » qu’évoquait le Manifeste du parti communiste et quasi-esclave dont on guette désormais les moindres signes de consentement. Si l’exploitation de la femme par l’homme peut prendre fin, ce n’est pas par le calcul des heures de vaisselle ni par le fait qu’on lui accorde un pouvoir de dire non pour la consoler de tout le reste, mais par le travail à temps plein de la femme et la disparition corrélative de la famille post-matrimoniale construite, à l’orée des années 70, autour d’une mère devenue alors sujet juridico-politique tout-puissant et socle intangible de l’inégalité sexuelle.

Le travail à temps plein de ces femmes ambitieuses mettrait fin non seulement à la pauvreté et à la dépendance des femmes assujetties à des individus violents, mais peut-être aussi à de malheureux malentendus concernant par exemple ce que Iacub appelle, réhabilitant un terme d’un autre âge, la « promotion canapé », s’étonnant au passage des étranges détours de mémoire de certaines de ces femmes qui ont dit : « me too », détours dont seule la « théorie grandiloquente du traumatisme » donnerait la clé. La promotion canapé n’est pas un viol mais une transaction comme une autre, et si ce sont massivement des femmes qui en bénéficient, c’est bien parce qu’il y a des inégalités sexuelles. S’il y a des inégalités sexuelles c’est parce qu’il y a des inégalités de travail, et s’il y a des inégalités de travail, c’est parce que les femmes se trouvent piégées dans des familles. Mais manifestement, plus pour très longtemps.

A ce point de sa lecture, le lecteur s’interroge. D’entrée de jeu, Iacub posait la distinction entre les premières femmes qui ont dit « me too », et d’autres femmes par lesquelles se joue l’instrumentalisation politique dont ces paroles premières font l’objet. Sans s’attarder sur ce point délicat de sa démonstration, elle montre comment ces paroles premières sont captées par un puritanisme conservateur dont Sandrine Rousseau serait l’avatar moderne, féminisme « d’Etat » nourri par des études de genre grassement subventionnées, et qu’elle qualifie drôlement de « radical » tout en démontrant qu’il n’est pas dans l’excès mais foncièrement conservateur et allié objectif du familialisme.

Pourtant, au commencement, des femmes avaient parlé. Mais où ont donc disparu ces paroles de femmes, et que disaient-elles ?

Iacub y revient rapidement et leur reconnaît une originalité, soulignée auparavant dans un ouvrage qui avait rencontré peu d’écho. Certes, #MeToo n’a pas eu lieu en ce qu’il apparaît comme la dernière ruse du familialisme jurant ses grands dieux que plus rien, désormais, ne serait comme avant : respectées, protégées par des lois, les femmes pourraient continuer à mener leurs vies de mères et à tenir les familles. Mais pour la première fois, observe-t-elle, des femmes formulaient clairement et publiquement la contradiction entre leur vie privée genrée et la vie publique non genrée à laquelle on leur faisait pourtant droit. Dans cette formule, « moi aussi », quelque chose ne cesse de remuer. Mais quoi ? Ce qui remue, c’est cette contradiction, rien de plus.




Iacub ne nie pas ce que cette formule contient d’affirmation, de solidarités, de réflexions, de sociabilités et de compréhensions nouvelles. Dans Scandale à la porcherie Analyse d’une révolte contre l’inégalité sexuelle, elle distinguait en ce sens les « délatrices » de #MeToo et leurs « fêtes punitives », de celles qui, derrière le hashtag balancetonporc, avaient su, sans réclamer de lois ni de têtes, mettre en commun leurs expériences de l’inégalité sexuelle dans un espace public où s’était ainsi constituée leur « puissance contenue ». Le livre prenait acte jusqu'en sa dédicace (« Au mouvement #balancetonporc dont l’originalité, la drôlerie et la poésie m’ont permis de questionner certaines de mes idées à propos des violences sexuelles faites aux femmes. ») de l'émergence d'une force nouvelle, susceptible de rebattre les cartes d'un féminisme jusqu'ici peu soucieux de l'émancipation des femmes, et, par là, de nourrir ses propres réflexions.Mais de cette distinction, curieusement, il sera à peine question ici. Il ne s'agit pourtant pas d'un détail. Cinq ans plus tard, #MeToo est devenu le nom d’un examen de conscience et d’une puissance inventive, en même temps que de la prise de conscience collective de l’ampleur des violences faites aux femmes. Et face à ces violences, dans l’immédiat, que faire ?

Il faudra patienter un peu. A l’ancien pragmatisme de Iacub, promotrice dans d’autres ouvrages d’un service public de prostitution pour remédier à la misère sexuelle qui pousse au malheur ou au crime, ou d’un investissement dans la recherche scientifique et technologique pour concevoir les bébés en dehors du corps des femmes, seule condition d’une vraie égalité des sexes, succèdent ici deux prophéties, déployées au-delà d’un #Metoo très peu interrogé et qu’elles surplombent comme l’ombre grise de la révolution sexuelle : l’avènement d’une société post-familiale (autre nom des sociétés « post-sexuelles » décrites ailleurs), avec pour corollaire la fusion des hommes et des femmes en un genre unique.Et c’est ainsi que le pragmatisme de Iacub se trouve rejeté à la marge, comme aveugle aux douleurs et aux sympathies nouvelles des femmes. Les laboratoires et la science, dit-elle, pourraient se saisir de la question des orgasmes des femmes, celles-ci pourraient revendiquer la possibilité de jouir autant que les hommes et tenir pour porc celui d’entre eux qui ne les fait pas jouir. On pourrait, enfin, s’atteler sérieusement à la question du travail des femmes. Mais dans l’immédiat, que faire ? Eh bien, semble dire Iacub, déménager. Et c’est d’ailleurs ce que nous faisons.

En bref, pour reprendre la formule qui ponctue les pages pleines d’impatience de ce livre manifestement écrit à contrecoeur et truffé de notes renvoyant pour l’essentiel à ses ouvrages précédents, Iacub avait parlé, et nous ne l’avions pas crue. Alors, comme l’histoire, elle se répète.

La bonne nouvelle pourrait être que Iacub, la provocante Iacub, telle que les médias de tous bords ont toujours aimé à la qualifier comme on caresse le beau plumage d’un perroquet, n'oublie pas cette oeuvre salutaire qui, de Qu'avez-vous fait de la révolution sexuelle ? L'empire du ventre en passant par l'Antimanuel d'éducation sexuelle, avait secoué il y a maintenant plus de vingt ans le paysage intellectuel et médiatique par sa critique rigoureuse du familialisme et son insistance à penser une société plus libre - plaidant pour l'adoption homosexuelle, pour la gestation médicalement assistée, pour la gestation pour autrui, cette œuvre défiait tous les conservatismes. La mauvaise, et plutôt très mauvaise, c'est que Penis Horribilis, rivé à la critique du féminisme conservateur et de ses « dames effarouchées » et étrangement sourd à l'émergence de la parole des femmes dans l'espace public, pourrait bien servir d’allié objectif à l'autre conservatisme qui œuvre furieusement dans la postérité de #MeToo. En ce sens, la dédicace (« Pour Isabelle Saporta, qui a eu la stupéfiante audace de croire que ce livre était nécessaire. » ) laisse songeur. En 2022, la nomination de Saporta à la tête des éditions Fayard fraîchement rachetées par le groupe Bolloré, - au terme d'une entrevue avec Nicolas Sarkozy suivie de déclarations tonitruantes dans lesquelles se lisaient tous les signes de l'allégeance-, avait fait l'effet, dans le petit milieu de l'édition parisienne, d'un coup de semonce*****. Désormais éditrice de Hanouna, elle juge ce livre « nécessaire ». Mais pour qui ? Peut-on séparer le bon grain de l'ivraie, comme le fait un Naulleau prompt à suivre Iacub dans sa critique du puritanisme féministe en rejetant tout ce par quoi elle fait sens ? Troublante mise en abyme que la critique d'une parole confisquée qui serait elle-même captée par le plus violent des conservatismes.

Il est vrai que la bataille culturelle fait rage. Bon courage, cependant, à ceux d'entre eux qui voudraient récupérer Iacub et sa société post-familiale, trop brièvement évoquée dans ce livre, certes, mais bien là et vivante, faite d'individus non genrés, dont les rapports s'inspirent du mode de vie lesbien parce que statistiquement le plus apte à rompre des unions qui ne conviennent plus, société où nous travaillons tous d'un travail épanouissant, et dont les enfants circulent entre des parents non genrés, apprenant de ce fait combien faire des choix est précieux. Bienvenue à eux dans cette société où les homosexuels ont montré comment vivre, avant de se fondre dans cet individu non genré, ni hétérosexuel ni homosexuel, qui s'attache à cultiver les plaisirs – les siens, et ceux des autres. Cette société où prévaut le plaisir, contre les désirs coupables et les identités qui avaient miné l'ancien monde.

Bien sûr, on pourra ne pas y croire. C'est la limite des prophéties, et de toute utopie. Cassandre était condamnée, pour avoir refusé l’amour d’Apollon, à ne jamais être crue. Certes, Dominique Strauss-Kahn n’est pas Apollon. Mais qui de nous, désormais, pour entendre Iacub ?




Marcela Iacub, Penis Horribilis, éditions Fayard, septembre 2023, 144 pages, 16 euros


Notes :

*Le 26 février 2013, le tribunal de grande instance de Paris condamne Marcela Iacub et son éditeur à verser 50 000 euros de dommages et intérêts à Dominique Strauss-Kahn pour ateinte à l’intmité de la vie privée.

** Eric Naulleau, Marcela Iacub : Une féministe contre #MeToo, Le journal du dimanche, Paris, 23 octobre 2023

*** Marcela Iacub, La Fin du couple, Paris, Stock, 2016 / Marcela Iacub, Le Che, à mort, Paris, Robert Lafont, 2017 / Marcela Iacub, Scandale à la porcherie – Analyse d’une révolte contre l’inégalité sexuelle, Paris, Michalon, 2018 / Marcela Iacub, En couple avec moi-même, Paris, Léo Scheer, 2020

**** Le Point du 9 octobre 2017, Marcela Iacub : « Le désir de mort du Che était un acte de propagande »

***** Marcela Iacub, Qu’avez-vous fait de la libératon sexuelle ? Paris, Flammarion, 2002

****** Marcela Iacub, Qu’avez-vous fait de la révoluton sexuelle ? Paris, Flammarion, 2002 ; Marcela Iacub, Bête et victme – et autres chroniques de Libératon, Paris, Stock, mai 2005

***** Voir Grégoire Biseau, Isabelle Saporta, la nouvelle patronne des éditons Fayard, M le magazine du Monde, Paris, 22 juillet 2022

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