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  • Photo du rédacteurSylvie Gouttebaron

Virginie Poitrasson : « On pourrait dire que toute écriture débute par un paysage »


Virginie Poitrasson (c) DR


Questionner l’écopoétique au contemporain, c’est proposer d’élargir le spectre du sensible et sensibiliser notamment aux enjeux écologiques. C’est ce que propose de faire La Maison des écrivains et de la littérature avec l’action, Par nature, des ateliers avec le vivant. Pour Collateral, sa directrice, Sylvie Gouttebaron a interrogé les écrivains engagés dans lesdits ateliers. Deuxième autrice à se prêter au jeu du questionnaire, la poétesse Virginie Poitrasson met en lumière les ateliers qu'elle anime en lycée et en collège.


Vous avez répondu favorablement à l'invitation de la Maison des écrivains et de la littérature de participer à l'action imaginée Par nature, des ateliers littéraires avec le vivant. En quoi cette proposition d'une action conduite, pour l'Île-de-France, avec le Muséum national d’histoire naturelle était importante pour vous ?

 

Elle s’inscrit dans la continuité de mes interventions régulières en milieu scolaire (de l’école primaire à l’université ou les écoles d’art en passant par le collège et le lycée) en tant qu’écrivain. Malgré leur caractère ponctuel, ces interventions permettent d’aller à la rencontre de jeunes lecteurs de tout âge (pour certains aspirant à être écrivain) et de leur transmettre le goût des mots et de l’écriture poétique.


 

Fait-elle écho à votre travail en cours ou à venir ?

 

Indirectement, car mon travail en cours s’intéresse à la notion de perception comme étreinte du paysage.

 

 

Quelles formes prennent les ateliers que vous conduisez avec les élèves ?

 

En partant de la déclinaison des saisons et des quatre éléments naturels que sont l’air, la terre, le feu et l’eau, et en allant observer attentivement la biodiversité, carnet en main, notamment à l’Arborétum du Bois de Vincennes et dans le jardin potager du collège de Créteil où j’interviens, les élèves découvriront la forme poétique japonaise du haïku, se l’approprieront et en écriront plusieurs en petits groupes. La contrainte du haïku réside dans sa forme brève qui oblige à choisir consciencieusement chacun des mots et à jouer avec les sonorités.

 

 

Ce souci de favoriser l'expression littéraire et de faire de la littérature une "science naturelle du langage" a-t-il une chance de développer le vocabulaire en précisant le sens de ce qui est à décrire ou énoncer ?

 

En amont de chaque séance, un brainstorming lexical sous forme de carte mentale, d’arborescence sera réalisé par les élèves en petits groupes, ce qui permet de stimuler la créativité de chacun et d’aider ceux qui auraient des difficultés à trouver des mots de lexique plus spécifiques.

Cette étape indispensable dans un atelier d’écriture fait bien, en effet, de l’écriture une science naturelle du langage en déployant toute la richesse et l’amplitude lexicale d’un thème tel que la nature, permettant aux élèves d’étendre leur vocabulaire, et peut-être même de créer de nouveaux mots dans un esprit de jeu poétique.

 

 

Que désirez-vous transmettre aux élèves qui travaillent avec vous, dans un tel contexte ? 

 

J’aimerais leur transmettre le goût de l’observation, qu’ils s’attardent sur les détails les plus infimes de la feuille d’une plante, sur les jeux de lumière dans les branchages d’un arbre, sur les nuances de matières, de formes et de couleurs que recèle le vivant, qu’ils prennent le temps d’observer et de regarder ce qui les entoure, des choses les plus évidentes aux éléments presque invisibles. Savoir observer ce qui les entoure, c’est savoir être au monde autrement, c’est entrer en relation avec les autres, leur environnement, c’est en parler, même simplement, même en quelques phrases de la manière la plus précise possible, en prenant soin de choisir ses mots, c’est avoir conscience du poids de chaque mot et de sa portée. J’aimerais leur transmettre cette attention à l’économie et aux sens des mots. Chaque mot porte en lui un microcosme.

 

 

Est-ce que vous définiriez votre travail comme un travail écopoétique, et si oui, pour quelles raisons ?

 

On pourrait dire que toute écriture débute par un paysage. Un des enjeux de l’écriture est de formuler ce lien complexe et indéfectible de l’humain avec son environnement Pour compléter, je reprendrais ce paragraphe de « Paysage », extrait de Tantôt, tantôt, tantôt (Le Seuil, 2023) :

 

Le paysage n’est pas devant nous. Nous en sommes la suite continue. Nous sommes la suite mêlée et continue des branches moussues, des bras de lierre, des sabots des cerfs, des surfaces rocheuses, des truffes humides, des milliers de myriapodes, nous sommes cette suite continue et liée par toutes nos extrémités à l’humidité touffue et respirée.

 

Dans ce sens-là, mon travail d’écriture s’inscrit dans une démarche écopoétique où les contrées, contours et catastrophes du paysage sont partie prenante du langage.



Virginie Poitrasson donne ses ateliers à Créteil au Collège Albert Schweitzer en classe de 5e 




Dernier livre paru : Tantôt, tantôt, tantôt, Seuil, "Fiction & Cie", 2023

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