top of page

Élodie Pinel : Nos colères comme force vive (Folles furieuses. Que faire de nos colères ?)

  • Photo du rédacteur: Simona Crippa
    Simona Crippa
  • il y a 2 heures
  • 2 min de lecture

Elodie Pinel (c) DR
Elodie Pinel (c) DR


Dans Folles furieuses. Que faire de nos colères ? Élodie Pinel propose un essai qui tient à la fois du manuel de féminisme et de l’outil à brandir au quotidien. Elle y explore une colère féminine qui ne relève ni de l’accident ni de l’excès, mais d’une expérience politique du monde. Loin d’être une émotion honteuse ou à réprimer, la colère apparaît ici comme une force de lucidité, capable de déchirer le voile des dominations et de transformer l’indignation en puissance d’agir. L’ouvrage s’inscrit dans une généalogie théorique qui va de Simone de Beauvoir à Hélène Cixous, d’Audre Lorde aux réflexions féministes contemporaines portées notamment par Pauline Chanu et Azélie Fayolle.

Pinel explore une colère féminine qui ne relève ni de l’accident ni de l’excès, mais d’une nécessité philosophique et existentielle : celle de continuer à se faire entendre. Un texte qui prend acte de cette urgence à dire, à hurler — et pourquoi pas ? — l’émancipation des femmes, leur liberté, mais aussi l’épuisement d’avoir trop souvent été ignorées, jusqu’à faire de cette parole persistante une manière de mettre fin à une persécution encore à l’œuvre. Car la colère féminine refuse la place qui lui est assignée : celle du silence, de la docilité et de l’effacement. C’est précisément pour cela qu’elle est encore si violemment disqualifiée par l’ordre patriarcal qui la réduit au défaut de caractère, à l’hystérie ou à la pathologie, toutes ces vieilles armes destinées à transformer une révolte légitime en dérèglement du genre féminin. Les paroles publiques continuent d’en porter la trace en enfonçant toujours le clou du mépris : « sales connes », « Madame, ça va bien se passer », « On ne répond pas à un drame par des cris »…  Plutôt que d’écouter ce qui nous pousse à crier, ils ressortent le reflexe du vieux mâle entouré parfois de « femmes caution » (il faudrait vraiment les nommer « collabos »), afin de participer à la police de la parole des femmes et reconduire la vieille mécanique du pouvoir : diviser pour mieux régner.

Mais une femmes en colère n’est pas une femme qui perd le contrôle, c’est une femme qui le reprend. C’est cela qui inquiète tant. En 2017 #MeToo a semé la terreur dans le monde des patriarches révélant l’ampleur de leurs méfaits que l’on a vu amplifiés par le mouvement #MeTooInceste et les mobilisations actuelles après le viol et le meurtre de Lyhanna. Et face à ces avancées de paroles libérées, le backlush demeure puissant, réaction d’un système qui sent vaciller les murs de sa domination.


Soyons dès lors foncièrement en colère, dans nos colères fortes, dans nos colères joyeuses, humaines trop humaines, résistons par nos rires irrévérencieux, par nos actes qui demandent justice : à nous de réécrire ainsi l’histoire.




Élodie Pinel, Folles furieuses. Que faire de nos colères ?, Robert Laffont, mai 2026, 218pages, 18,90 euros

bottom of page