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Duras, 30 ans après : l’écho persistant de notre temps

  • Photo du rédacteur: Simona Crippa
    Simona Crippa
  • 2 mars
  • 2 min de lecture

(c) Simona Crippa
(c) Simona Crippa

Trente ans après sa disparition, le 3 mars 1996, Marguerite Duras demeure d’une brûlante actualité. Il suffit d’ouvrir ses livres pour mesurer combien son œuvre n’a rien perdu de sa force d’irradiation, pour reprendre le mot à Pierre Brunel qui l’employait pour dire à quel point le mythe persiste et rayonne dans une œuvre littéraire.

Collateral consacre cette semaine anniversaire à celle qui, par la radicalité de sa langue et la souveraineté de son regard, a déplacé les lignes de l’écriture moderne. Revenir à Duras n’est pas céder à la commémoration : c’est reconnaître qu’elle continue de travailler nos sensibilités, de fissurer nos certitudes narratives, de hanter nos imaginaires les plus intimes.

Deux inédits ouvriront ce parcours. Le premier est signé par l’écrivaine italienne Sara Durantini, collaboratrice régulière de notre revue, dont le texte explore le cheminement que l’écriture de Duras a su porter à incandescence tout au long de sa vie, depuis son jeune âge jusqu’à l’âge adulte. Le second, que je signe, est consacré à L’Amant : une relecture mythocritique de ce livre-monde où le désir, la mémoire et la langue s’enlacent jusqu’à l’aveu, mythique. Parce que, pour le dire avec Dominique Kunz Westerhoff, par l’écrit intime on s’ouvre au « mémorable », on immortalise sa vie.

Deux lectures contemporaines auxquelles s’ajoute celle de l’écrivain Jean-Michel Devésa qui prolonge sa rencontre du texte-désir-Duras L’Amant, dans son inépuisable joie d’écrire et réécrire à partir d’une image fantômale. Deux préfaces également accompagnent ce trentenaire, publiées dans les toutes récentes traductions de Le Ravissement de Lol V. Stein (décembre 2023) et de Les Yeux bleus cheveux noirs et La Pute de la côte normande (juillet 2023) pour les éditions brésiliennes Relicario Ediçoes, dans la collection « Marguerite Duras », signées Johan Faerber pour la première, de moi-même pour la seconde.

Dire ainsi, à plusieurs, combien l’œuvre durassienne demeure un champ d’expériences, de gestes critiques, de réinventions, de palingénésies.

Nous donnons à nouveau à lire la série d’entretiens accordés à Collateral par de nombreuses écrivaines et de nombreux écrivains contemporains, série qui s’élargit aujourd’hui de nouvelles voix venues témoigner de l’héritage Duras dans l’écriture contemporaine. Toutes et tous reconnaissent une dette vive : Duras a bouleversé la phrase, l’a débarrassée des contraintes de l’écriture classique, académique, d’une écriture masculine paradigmatique et dominante, qui faisait norme et frontière. Duras a montré, dans la ligne de Cixous, que Méduse voulait rire, et elle s’est esclaffée. Elle a rendu la langue à son souffle, à son corps et à son tremblement. En dynamitant la syntaxe traditionnelle, en creusant l’ellipse, en hurlant les silences, elle a ouvert un espace d’auto-narration infiniment prolifique et politique, où le « je » ne se raconte plus pour se clore ou éclore, mais pour se risquer, se perdre, se recomposer. Cette modernité toujours active rend nécessaire, aujourd’hui plus que jamais, un retour à Duras — non pour l’ériger en monument, mais pour entendre, dans le battement à cœur ouvert de ses phrases, l’écho persistant de notre propre temps.

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