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  • Photo du rédacteurChristiane Chaulet Achour

Dorothée-Myriam Kellou : L’Algérie et le père

« Echapperons-nous à cette quête étourdie de l’authenticité ? Sommes-nous à jamais coincés dans une seule définition de notre identité ? Saucisson contre halal ? »


Une fille s’interroge sur la part de son origine qui lui échappe. Cette recherche concerne le pays et le père : l’Algérie est à l’horizon et la quête du père est bien aussi une quête de soi.

 


 

Le récit de Dorothée-Myriam Kellou se présente sous forme de 29 chapitres, non numérotés mais titrés, suivis par un épilogue et une bibliographie. Ils sont d’inégale longueur et suivent le chemin qui conduit la fille de l’ignorance à l’appropriation d’une part de ce qui la constitue : de « L’Algérie du vertige » à « Orient-ée » et à « Tomber dans l’Histoire », ces titres sont les cailloux blancs d’une petite poucette en quête d’une complétude.

Les deux premiers chapitres posent, en quelque sorte, les marqueurs de la quête entreprise. D’entrée de récit, elle se demande si elle est dans la « nostalgie », ce mot dont elle avait demandé la signification dès l’enfance : « je comprends que la nostalgie est liée aux souvenirs, à un temps révolu qui continue à vivre en soi. La nostalgie, c’est contempler un passé heureux dans un miroir brisé dont il ne reste que de petits morceaux tranchants. Ce mot-là m’accompagnera, comme une boussole. Nostalgie ».

Nostalgie va rimer, pour elle, avec Algérie mais pas selon le néologisme courant : « nostalgérie » : celui-ci qui appartient aux Français d’Algérie jamais remis de la perte du  pays, elle ne s’y reconnaît pas. Sa nostalgie rime bien avec Algérie mais autrement.

Le second marqueur est l’appartenance transmise par le père : « Mon père est algérien, je suis algérienne. Entretemps mon père est devenu français ». Pour comprendre les « anomalies » de l’Histoire, il faut justement la connaître. La narratrice affirme comme une évidence première, « l’Algérie était une colonie de peuplement » : s’engouffrent alors dans cette qualification les appellations qui tissent la complexité de la situation algérienne jusqu’en son cœur : la langue. Si la langue de l’Algérie est l’arabe, peut-elle être algérienne sans posséder sa langue : « est-ce qu’on peut réparer une langue ? »

 

Suivent alors huit chapitres, scandés par son âge, de 12 à près de 30 ans, qui rendent compte de son cheminement provoqué par les silences et les absences du père, par l’attention incessante de la fille à tout ce qui touche à l’Algérie. L’avancée se fait lentement au rythme de cette difficile appropriation qui prend des tours et des détours. Elle comprend très jeune qu’elle ne peut assimiler l’exil de son père  à celui des pieds-noirs. A chaque étape – et c’est une des pépites de ce récit –, elle plonge dans l’Histoire et ses livres pour trouver une réponse. Elle revisite le « mythe kabyle ». Au centre de ses manques, la langue a une place de choix, l’arabe et aussi le kabyle :

 

« C’est la connaissance intime de la langue qui me manque. La langue des bruits, des odeurs, la langue de l’amour, de la joie, des peurs, du rien, de la vie, de la rue, âpre et heureuse, douce et rugueuse du quotidien. Ce n’est pas la langue figée des livres qui me déserte. Ce n’est pas elle dont j’ai soif même si je me résoudrai à l’apprendre. Comme l’Algérie qui, à l’indépendance, a cherché à recouvrer "son" identité et "sa" langue, impasse du singulier, je décide de m’arabiser ».

 

Cette soif de langue lui fait baragouiner l’arabe à 15 ans, s’inscrire au cours d’arabe au lycée. Son père égrène les lettres de l’alphabet : « en suivant ces lettres à la trace, je vais bien arriver quelque part. Elles sont pour moi des cailloux bancs que mon père sème ». Le récit s’enrichit de lettres et de mots en arabe. Elle cherche une identification par la langue et constate, avec humour mais un peu dépitée : « Moi, je suis une enfant "à demi", une "demi-beurre" sans sel, marque Président, acheté chez Lidl ».

 

C’est en fac, à Lyon, qu’elle découvre la poésie arabe, qu’elle fait la distinction entre langue parlée et langue littéraire. Si les faits historiques sont régulièrement convoqués, la poésie arabe enlumine dès lors son récit, comme ce « chant de l’exil », en arabe et en traduction. Khalil Gibran côtoie Rachid Taha et Dahmane El Harrachi : « Ô toi qui t’en vas, où pars-tu ? Tu finiras par revenir ». Elle s’introduit dans les questions-réponses du poète : « Oui, nous reviendrons. Ou plutôt, j’irai au côté de mon père, pour lui permettre de revenir ».

 

Elle assume, à 20 ans, d’être en quête d’une perte : « j’irai en "Orient" et ailleurs, car partout où l’on va, le seul lieu qui reste, c’est soi ». Toutefois, pour vivre au plus profond cette  vérité, le parcours n’est pas achevé. A 23 ans, elle réside une année au Caire pour étudier l’arabe : elle attrape des mots au vol et à nouveau son récit tisse les deux langues tout en donnant beaucoup d’informations sur l’Egypte. L’année suivante, en 2008, elle vit en Palestine pour deux années, comme attachée de presse pour le Consulat Général de France : « Je vis à Al-Qods, la sacrée, à Jérusalem-Est, occupée par Israël depuis 1967 ». Avec son passeport français, elle a le privilège de se déplacer.

 

Mais, auprès des Palestiniens, son autre passeport est son prénom « Myriam » et son appartenance algérienne qui la rapproche de la réalité d’une colonisation de peuplement : « J’ai approché de près, de trop près peut-être, les effets dévastateurs de l’occupation qui blesse le corps et l’âme. Elle mord et laisse ses dents plantées profond où elle saisit la chair. Dans la campagne israélienne, je marche et cherche du regard les traces des villages palestiniens détruits, les ruines de leur mémoire, les empreintes de leur dépossession […] Je m’identifie aux Palestiniens, je suis passée de leur côté du mur ».

 

Poursuivant son voyage, D-M. Kellou s’inscrit à un Master à Washington, y côtoie d’autres personnes de différents pays arabes : son exploration sur la part arabe de son identité s’enrichit et son texte joue des langues et inscrit la poésie comme blason de sa nouvelle culture, naviguant de Matoub Lounès à Ibn Arabi.

 

Le huitième chapitre, intitulé « Nos palimpsestes » est particulièrement intéressant. Aux Etats-Unis, elle a adopté la manière de se désigner des Américains et se présente ainsi : « I am French-Algerian » car, remarque-t-elle, le trait d’union y est plus qu’un signe de ponctuation ; il est le signe d’une « appartenance  multiple, la possibilité de se mouvoir entre plusieurs cultures, histoires ». Elle affirme que l’identité trait d’union a fait son chemin avec ses aspects positifs (ne pas masquer une appartenance multiple) et ses aspects négatifs (risque d’être assigné à « des aires géographiques et culturelles »). En France, la double appartenance a du mal à être admise : alors pour pallier les inconvénients du trait d’union, elle propose de le remplacer par un astérisque. Ce qu’elle applique dans la suite de son texte : « je suis française* algérienne* […] Cet astérisque devient le point manifeste de mon utopie politique en France. Peut-être naïvement ».

 

Elle découvre aussi aux Etats-Unis des auteurs majeurs qui font désormais partie de sa bibliothèque : Frantz Fanon, Jacques Derrida, Edward Saïd, Achille Mbembe et les Postcolonial studies frappées de suspicion en France : « Initiées par des descendants de populations victimes de la dépossession coloniale, ces demandes pressantes obligent à penser au-delà du théorique, et à s’interroger sur la manière de réparer collectivement les effets destructeurs du fait colonial sur plusieurs générations ».

 

Se proclamer Algérienne ne suffit pas, il faut affronter historiquement parlant la colonisation par des études historiques. Etudier aux Etats-Unis, c’était être dans un mouvement de reconnaissance de l’esclavage et de la spoliation des Amérindiens. Cela la pousse à chercher de la documentation sur l’Algérie, à revenir à son père et à une lettre, « Lettre à mes filles ». Elle part à la recherche de l’enfance de son père dans l’Algérie en guerre et découvre la réalité des centres de regroupement. Car la lettre du père demande la connaissance d’un contexte qu’elle ignore. Elle nous fait part alors de ses découvertes sur plusieurs pages retraçant l’histoire des centres de regroupements et des SAS. Apparaît le nom du colonel Buis et son livre La Grotte.

 

Plonger dans cette histoire difficile est une épreuve que la narratrice essaie de contourner car elle entraîne la nécessité d’aller sur les lieux – apparaît pour la première fois le nom du village du père, Mansourah –, d’affronter l’histoire de ses parents. Cette recherche d’une part de ses origines prend encore du temps. Le père vient voir sa fille à New York en 2011 : la parole se libère et l’été 2011, c’est le grand voyage en Algérie avec lui où elle photographie tout : « Je m’extrais de la gangue blanche de l’effacement. Je me fabrique des images-souvenirs en couleur ». Elle revient sur son double prénom faisant écho selon les lieux où elle se trouve. Ce sont six chapitres à lire, qui ne se racontent pas car ils sont le cœur de l’aboutissement de la démarche de Dorothée-Myriam Kellou. Ce retour du père est raconté avec beaucoup de pudeur et sans pathos mais avec une extrême sensibilité et la narration s’appuie toujours sur des références historiques ou sociologiques comme les enquêtes de Bourdieu et Sayad et sur la poésie populaire de la région. C’est en même temps un récit, au plus près de l’humain, de l’Algérie en guerre de résistance contre le colonialisme.

 

La mention du colonel Buis revient dans le récit lorsque les villageois parlent des « fleurs orange », c’est-à-dire le napalm. Le grand voyage est terminé, le père a partagé son histoire et retourne à son exil : « Mon père a quitté sa tribu, traversé la France et le monde, au prix d’une inextinguible culpabilité. Mais aujourd’hui il est de retour. Son sentiment de trahison n’a plus de raison  d’être. Aujourd’hui il est de retour, avec sa fille, et, ensemble, nous ferons de cette épopée un film ».

 

Lorsqu’elle quitte Alger, une phrase de Glissant s’impose à elle : « L’oubli offense, et la mémoire, quand elle est partagée, abolit cette offense ».

 

La dernière série de chapitres est consacrée au projet du film et à sa faisabilité dont la recherche de financements sans allégeance :

 

« Je veux rester libre de raconter notre histoire, intime. Je ne veux pas que ce film connaisse la même destinée que nombre de films produits par l’Etat en Algérie : la mise en carton, synonyme d’oubli ». « Ce film serait sinon comme un tigre peint sur le capot d’une voiture un jour de pluie. Il serait effacé, à peine réalisé. Bachir nous met en garde. Méfions-nous de la mémoire officielle, en Algérie aussi, elle est pleine de blancs et de trous noirs qui arrangent ceux qui préfèrent l’amnésie ».

 

Le voyage accompli, Dorothée-Myriam Kellou peut s’attarder sur les répercussions de cette quête dans sa vie, dans celle de sa sœur, dans celle de sa mère. Elle raconte avec sobriété sa tentative de s’installer en Algérie, sa participation au Hirak, son amour « algérien » en France. Le « racisme larvé » qui existe au quotidien avec la notion d’authenticité qui ne répond à aucune vie. A la notion de filiation, elle préfère celle d’affiliation, comme l’a proposé E. Saïd :

 

« Echapperons-nous à cette quête étourdie de l’authenticité ? Sommes-nous à jamais coincés dans une seule définition de notre identité ? Saucisson contre halal ? Peut-on sortir de l’identité unique et figée, brouiller les pistes sans se sentir brouillon ? Ou faut-il raboter pour correspondre aux attentes, entrer dans un habit étroit ? Il est temps de reconnaître des droits aux trans, transexuels, transnationaux ».

Il a fallu huit années pour faire le film… la durée même de la guerre d’Algérie…Son père peut maintenant affronter sans ciller la statue du sergent Blandan. Autour de la statue du soldat conquérant, c’est une réflexion sur la nécessité ou non de déboulonner les statues qui pourrait être engagée…

 

Rachida El Azzouzi, 19 octobre 2020 : Mediapart poursuit sa série sur l’histoire entre la France et l’Algérie avec un troisième volet qui interroge tout à la fois un silence et une quête. Le silence d’un père qui s’est tu sous le poids des violences de la colonisation. La quête d’une enfant qui, à l’âge adulte, a voulu savoir, combler les trous d’un récit familial tronqué. Dorothée Myriam Kellou a filmé son père Malek dans son retour au pays, au bled, à Mansourah, en Algérie, où il n’avait pas mis les pieds depuis plus de 50 ans, un demi-siècle, depuis que l’armée française avait transformé son village kabyle à l’est du pays en un camp de déportation pendant la guerre d’indépendance. C’était en 1955.

À Mansourah, tu nous a séparés est un film bouleversant qui documente une tragédie de grande ampleur largement occultée en France, celle des camps de regroupement de populations pendant la guerre d’Algérie, dont les conséquences ravageuses se font encore sentir aujourd’hui. Vous pouvez également prolonger cet entretien et ce film par ce podcast remarquable en 12 épisodes, L’Algérie des camps de Dorothée Myriam Kellou, diffusé par France-Culture

 

La tournée avec le film réconcilie. La narratrice est d’Algérie en partie mais ne peut pas y vivre ; elle veut désormais « s’ouvrir à tous les souffles du monde, les yeux plongé dans le cosmos »

 

Notons que la bibliographie est riche et montre sur quel socle de références s’appuie ce récit à la fois intime et politique. Nancy-Kabylie est le troisième volet de la démarche de l’autrice qui y inscrit toute sa quête depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte et qui interroge aussi l’installation possible ou non au pays retrouvé. Ecrit avec clarté et poésie, il emporte le lecteur de page en page sans jamais l’ennuyer : il ne se contente pas du récit personnel mais l’adosse à des connaissances historiques et à des citations nombreuses de poèmes ainsi qu’à l’insertion de la langue arabe dans la langue française. Sa richesse vient de l’affrontement de Dorothée-Myriam Kellou au silence du père et à sa propre détermination, non seulement à le faire parler, à l’aider à affronter les fractures du passé mais aussi à s’approprier langue et culture par elle-même. C’est la démarche absolument inverse de celle que Leïla Sebbar a déployé tout au long de son parcours d’édition sous l’affirmation, « Je ne parle pas la langue de mon père ». L’identité ou… l’appartenance, se mesure-telle à la maîtrise d’une langue ? Dans les effets durables produits par la guerre d’Algérie dans la société française, Nancy-Kabylie  pose des questions essentielles, assez rarement affrontées.

En écho à ses références, on peut rappeler que le récit du colonel Buis, La Grotte, cité trois fois, a été lu et exploré aux antipodes de son objectif par Yamina Mechakra dans son magnifique récit poétique sur la guerre, La Grotte éclatée. A toutes les citations poétiques qui parsèment le texte, on peut ajouter – en  pensant à l’obsession du nom et du pays – quelques vers du long poème de Jean Amrouche, « Combat algérien » :

 

« […] à celui qui depuis sa naissance n’a jamais eu le ventre plein

On ne peut cependant ôter ni son nom

Ni la chanson de la langue natale […]

Nous voulons habiter notre nom… »

 

 

En 2022 paraissait Sensible de Nedjma Kacimi qui revenait sur cette part algérienne d’elle-même pour s’adresser aux jeunes issus, comme elle, d’une double culture.



 

« […] une jeunesse d’ici et maintenant peut perdre la vie,

Pour peu qu’elle porte sur son corps,

Les traces d’un ailleurs et d’un autrefois ».

Prix littéraire de la Porte dorée 2022, Sensible est sorti en poche fin mai 2022 et a été remarqué par nombre de lecteurs car il est percutant, ciblé, poétique, militant.Il est à (re)lire, se situant dans une démarche qui converge avec celle de Nancy-Kabylie.

 

A signaler aussi qu’au moment où paraît Nancy-Kabylie, paraît aussi le récit de Marie-Joëlle Rupp sur son père : une histoire différente de celle de D-M. Kellou mais où le père et l’Algérie en résistance et indépendante sont au premier plan.

 

Marie-Joëlle Rupp, fille de Serge Michel, ne fait la connaissance de son père que 4 mois avant sa mort en 1997. Cette mort aurait pu clore le chapitre mais il n’en est rien car ces semaines sont décisives pour elle qui accepte d’aller à ses obsèques à Alger dans un cadre tout à fait officiel où elle endosse une nouvelle identité : « fille d’un moudjahid, héros de la guerre de libération, et cette nouvelle identité se substituant à celle honnie de traître durant la guerre d’Algérie ».  Elle va explorer, non seulement la vie de son père mais l’Histoire de la décolonisation de l’Algérie.

 

Il lui faut un temps de deuil et d’enquête et, en 2007, elle  publie un ouvrage : Serge Michel – Un libertaire dans la décolonisation, (Paris, Ibis Press, collection Témoin et acteur) : « De Paris à Alger, d’Alger à Bissau en passant par Tunis, Rome, Prague, Léopoldville, Brazzaville, Moscou et autres lieux où l’on perdit da trace, il œuvre pour la libération des peuples colonisés d’Afrique ».


 





Sa prospection est remarquable puisqu’en plus de s’appuyer, non sans distance critique, sur les souvenirs algériens et congolais publiés par son père lui-même, au Seuil, sous le titre, Nour le Voilé, en 1982, elle a interrogé un nombre impressionnant de témoins depuis son arrivée à Alger en 1950 dans la mouvance d l’UDMA de Ferhat Abbas, à son décès ; il est enterré à El-Alia, le 29 juin 1997.

 

En 2012, elle donne un récit plus personnel sur son père dans un recueil dirigé par Yahia Belaskri, Algéries 50, qu’elle conclut ainsi : « de Marie à Meriem, voilà pourquoi, en quelque sorte, je me suis aujourd’hui autoproclamée algérienne ».

 

Si je rappelle ces étapes c’est que Marie-Joëlle Rupp vient  de publier aux éditions Domens-Pézénas, cette année 2023, Le retour de l’Africain blanc. Elle remet sur le métier ses souvenirs des quatre mois d’échanges et d’intimité et ce récit vient achever – peut-être – ces lettres au père qui sont, conjointement, une somme sur l’Algérie en résistance :

 



 

« Ainsi j’avais gagné le droit à une certaine légitimité. Tout en étant d’ici, j’étais un peu d’ailleurs. J’étais devenue à ma façon un pont entre les rives.

Depuis, j’ai écrit plusieurs versions de la vie de mon père sans qu’aucune ne me satisfasse. Je n’ai jamais pu y apposer le mot fin. Pu ou voulu, comme si ce mot devait mettre un terme à l’enchantement dans lequel il m’avait précipitée. […] Mon univers se peuplait de personnages tirés du néant et inventés à ma guise. Tous avaient quelque chose du disparu. Présents au monde, ils avaient été acteurs et témoins de la marche du temps. Ils m’accompagnaient dans mon errance car je ne devais plus jamais être seule ».

 

Ces livres, celui que j’ai voulu analyser de Dorothée-Myriam Kellou tant il m’a touchée, ceux que j’ai évoqués, en particulier de Marie-Joëlle Rupp, témoignent bien de ce que Nourredine Saadi exprimait en présentant un recueil d’une trentaine de textes de « filles », nées au Maghreb, sur « le père » :

 

« Parlant de leur langue, de leur corps, de leurs exils, ces écritures nous disent au fond l’inconscient féminin, l’ordre du désir face à la Loi. Chacune dans sa subjectivité biographique, ou par le signe littéraire, est emblématique de la force de libération des femmes par l’écriture ».

 


 

Dorothée-Myriam KELLOU, Nancy-Kabylie, Grasset, octobre 2023, 214 p., 19€


Marie-Joëlle RUPP, Le retour de l’Africain blanc, éditions DOMENS-Pézénas, 2023, 158 p., 17€

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