Célia Houdart : « J’ai souhaité qu’une érotique dicte la composition même du roman, la manière dont le réel et la fiction se tressent, se vivifient, s’excitent, font l’amour » (Notre-Dame-des-Anges)


Avec Notre-Dame-des-Anges, qui vient de paraître chez POL, Célia Houdart signe non seulement un des plus beaux romans de la rentrée mais confirme qu'elle est, depuis bientôt 20 ans, l'une des voix majeures de la littérature contemporaine française. Une voix rare et précieuse qui trouve ici une nouvelle inflexion, inédite, celle qui fait plonger la romancière dans des archives familiales, les 2332 lettres d'amour que ses grands-parents se sont échangés durant la Seconde Guerre mondiale. 2332 lettres de passion et de tourment qui vont fournir la trame de la vie de Marcelle et Henri durant les brèves années de leur mariage et qui, depuis ces archives intimes, livrent une matière à révéler également l'autrice. Un roman d'amour, à l'érotique composition, sur lequel Collateral ne pouvait manquer de revenir le temps d'un entretien, non sans vous préciser que si vous n'avez pas encore lu Célia Houdart, réparez cette erreur toute affaire cessante.
Ma première question voudrait porter sur la genèse de votre splendide nouveau roman, Notre-Dame-des-Anges qui paraît en cette rentrée chez P.O.L. De manière précise, dans le roman lui-même, vous en racontez en partie le cheminement intérieur puisque, dites-vous, c’est à la faveur d’un déménagement que votre mère vous confie, à la manière d’un héritage, les 2332 lettres d’amour que s’échangent vos grands-parents Marcelle et Henri, dans une correspondance qui « s’étend sur presque dix ans. De 1935 à 1944. Avec de grands trous. ». D’emblée, à la lecture de cette « correspondance pleine de larmes et de gouttes de pluie », vous êtes, dites-vous encore, « surprise, perturbée, bouleversée » : à quel moment avez-vous décidé de faire ce matériau familial le socle de votre nouveau travail romanesque ? Comment avez-vous choisi immédiatement non de produire les lettres comme autant de documents d’archives mais d’en faire le support d’une fiction, vous qui aussi bien dites qu’il s’agit de produire « Une fiction d’accord mais attention, je ne pouvais pas lui faire dire n’importe quoi » et décidez, comme vous le dites, de « tout imaginer » ? Enfin, pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez choisi pour titre le nom de la clinique où Rachel, la première femme de votre grand-père, était soignée pour sa sclérose en plaques ?
J’ai en effet hérité d’un corpus de lettres qui palpitait encore, était ultra-vivant. Déchiffrer cette correspondance, plus exactement, ces correspondances parallèles, a constitué une expérience en soi. Une sorte de traversée pleine de surprises, de rencontres inattendues, de vertiges. Il y avait aussi des mystères et des trous. En ce sens, les archives lacunaires ressemblaient aux rouleaux perforés de musique mécanique présents dans la vraie destinée des protagonistes. Leur forme a inspiré celle de mon roman. Lire ces archives familiales m’a à la fois émue - elles étaient très belles, d’une grande charge poétique et érotique, il y avait presque une folie autour du corps-, et ébranlée (la fin déchirante de Rachel, la dureté de l’époque). J’étais en tout cas dans un état de disponibilité sensible et de trouble qui m’a semblé être une bonne disposition, non pour raconter cette correspondance (j’aurais pu aussi bien l’éditer), mais la traduire. Je l’ai laissée me hanter, pour la recréer, en m’autorisant des transformations, de l’invention, du mouvement. Le danger n’était pas de trahir ces lettres, mais d’être en dessous de la vitalité que je percevais en elles. J’aurais eu honte d’écrire un mélo douceâtre, une romance à l’eau de rose. Et c’est là que la magie s’est invitée : deux nuits, une voix, surgie d’une liasse de lettres, m’a appelée par mon prénom. Ai-je halluciné cette voix ? Qui me parlait ? Je ne le saurai jamais. Le fait est que j’ai répondu à cette invocation en glissant entre les pages de la fiction des extraits du journal que je tenais durant cette période. Bien sûr, il fallait que je règle mes apparitions, ma présence, rare au début, puis de plus en plus affirmée. Cette voix venue d’outre-tombe me rappelait à la nécessité non d’être fidèle – à quoi ? quelle est la vérité d’une vie ? – mais de dire JE et de faire moi-même la traversée.
Le titre du roman m’a été suggéré par mon éditeur. Je l’ai tout de suite aimé. C’est presque une antiphrase, une fausse piste, car les personnages de l’histoire ne sont pas du tout des anges. Quand j’ai découvert la clinique du même nom (elle existe encore à Liège), j’ai voulu décrire et faire vivre dans la fiction ce lieu de soin et d’hospitalité. Enfin, j’étais heureuse que l’on puisse penser à Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet, roman qui a énormément compté pour moi. Du reste, j’ai fait pousser un champ de genêts au cœur d’un chapitre.
Pour en venir au cœur de Notre-Dame-des-Anges, ce qui, d’emblée, frappe c’est combien le roman se structure autour d’une série de couples qui ne cessent de se dédoubler et de se redoubler : il y a tout d’abord, liminaire, le couple alors légitime que forme Henri avec Rachel soignée pour sa grave maladie ; à ce premier couple répond, adultère, le couple qui sera bientôt légitime de vos grands-parents, Marcelle, jeune pianiste et Henri qui entretient cette liaison ; et enfin, un couple adultère du couple adultère, Marcelle avec Mary, une jeune femme avec qui elle va vivre une passion bientôt brisée par la guerre. Ces couples dans le couple, dont notamment Marcelle et Henri qui, dites-vous, « se sont rencontrés… en mai 1935, lorsqu’il occupait le poste de directeur artistique de l’Aeolian Company, une firme américaine de pianos mécaniques », entretiennent des relations épistolaires qui, à l’exception notable de Rachel, elles-mêmes entretiennent un rapport viscéral à l’existence. Toutes et tous se consument avec ardeur dans l’existence emportés par le feu d’une passion qui devient presque littéral : « Plongée dans son sac, la lettre aurait pu y mettre le feu ».
En ce sens, avez-vous conçu Notre-Dame-des Anges comme un roman de la passion ou le roman des amours qui consument puisque nombre de personnages ici en meurent ? En quoi, enfin, cette peinture de la passion vous permet aussi de saisir un pan majeur de l’histoire, celle de la Seconde Guerre mondiale, depuis un angle explicitement intime : était-ce l’une des visées de votre roman ?
C’est presque « La Ronde », la pièce d’Arthur Schnitzler. A aime B. B aime C qui aime D etc. Chaque duo se dédouble, les sentiments circulent de l’un à l’autre, créant une chaîne d’amour. Marcelle et Henri pratiquent, non sans douleur (Henri fait à Marcelle une crise de jalousie lorsqu’il découvre qu’elle a une liaison avec une femme), ce qu’on appellerait aujourd’hui le polyamour. Cet étrange trio, puis quatuor où chacun trouve en l’autre des forces, le moyen souvent de tenir, m’a semblé très moderne et très romanesque. Les sœurs de la clinique Notre-Dame-des-Anges et les étrangers de la pension de famille du quartier de l’Europe à Paris en 1944, forment aussi, à leur façon, d’autres communautés d’amour. Je voulais accueillir et traiter avec la même intensité la passion qui consume des êtres et l’entraide en temps de guerre. On y risque de diverses manières sa peau. Pour ce qui est du contexte historique, je redoutais d’écrire une fiction (de plus) ayant pour cadre la Seconde Guerre mondiale avec tous les clichés qui caractérisent ce topos romanesque. Alors j’ai évoqué parcimonieusement le grand récit, à travers des articles de journaux, les actualités radio ou cinématographiques, privilégiant le micro-récit intime : la débrouillardise ordinaire, le quotidien sur les routes de l’Exode. Des personnages politiquement louches, racistes, possiblement collaborateurs et/ou salauds passent par là. Je voulais écrire un roman d’amour, oui, mais sous tension. Menacé, perpétuellement risqué et intranquille.
A cette passion correspond sans doute une place nouvelle voire inédite du sensible dans votre œuvre. Ainsi Notre-Dame-des-Anges est-il un livre charnel qui déplace l’attention que vous aviez toujours pu avoir pour l’expression matérielle, atomique du monde, notamment le souci que vous avez toujours eu, dans une puissance écopoétique avant l’heure, pour la nature et les mouvements qui irriguent faune et flore où les sens sont sursollicités. Vous l’affirmez également vous-même, remarquant notamment : « Je puis affirmer, tant pis si cela paraît étrange, que jusqu’alors, les plus belles pages érotiques qu’il m’ait été donné de lire, celles qui m’ont procuré le plus grand plaisir ou trouble, n’étaient, je crois, pas directement humaines dans leur apparition. Mais végétales, minérales, paysagères. Inter ou trans-règnes. » Or ici l’émoi, à la lecture des lettres, se fait directement humain, charnel.
En ce sens, si la passion amoureuse a toujours pu figurer, depuis Les Merveilles du monde, dans votre travail, il paraît occuper une place encore plus sensible et violente que précédemment : en seriez-vous d’accord ? En quoi, enfin, cette nouvelle grammaire de l’érotisme qui se met en place vous guide comme vous le dites vers une langue autre ?
Au contact de ces lettres si pleines de corps et de sensualité, il fallait que je trouve une écriture (grammaire, matières, couleurs, palette sensible) singulière et une intensité nouvelle. À chaque livre sa langue. Même si l’écopoétique reste pour moi essentielle, et que je n’arrive pas à faire exister des personnages hors-sol, privés de l’expérience concrète du monde – dans le grand carton de lettres dont j’ai hérité, il y avait d’ailleurs une agate mystérieuse, qui a immédiatement ouvert dans mon imaginaire un temps géologique très ancien –, il est vrai que dans ce roman, plus que dans mes autres livres, le corps des êtres est le paysage. Dans les lettres, je sentais les présences, les états physiques, la faim, l’attente, le tremblé de la main. Je pouvais les toucher. Et comme les personnages qui s’écrivent ici font l’amour dans les mots, j’ai voulu que l’érotisme gagne des passages non explicitement érotiques, et fasse vibrer tout le livre. Tout est au présent des cœurs qui battent. Moi-même en lisant cette correspondance je me suis trouvée immergée dans un présent si incandescent. Entre feu et secret. Mary l’amante de Marcelle dont je sais très peu de choses hormis les lettres ardentes qu’elle a écrites à ma grand-mère, incarne ce mélange paradoxal de liberté et d’énigme, de mise à nu et de clandestinité. Ses apparitions sont intenses et fugitives. J’ai souhaité qu’une érotique dicte la composition même du roman, la manière dont le réel et la fiction se tressent, se vivifient, s’excitent, font l’amour. Brèves citations des lettres, télégrammes, je voulais que ces changements brusques de régimes narratifs soient eux aussi électrisants.
Un des aspects les plus remarquables de Notre-Dame-des-Anges concerne la place de l’intime qui se dessine dans votre écriture. Si, jusqu’ici, vos récits s’occupaient essentiellement de figures et de personnages comme autant de créations, cette fois-ci votre récit, explorant la veine familiale de vos grands-parents, ouvre une part de votre écriture à un récit explicitement autobiographique. Dans la logique de l’émotion qui, cette fois, dépasse la sensibilité écopoétique, vous livrez ici en partie un récit de coming-out à la première personne indiquant notamment que « Demain des déménageurs vont installer chez la femme que j’aime, pour sa fille L. et ses copains musiciens, le dernier piano de Marcelle. » Ce qui frappe ici, alors qu’un coming out est à l’œuvre, c’est, suivant votre ligne poétique, toujours l’extrême pudeur qui domine.
En quoi les lettres de vos grands-parents vous ont-elles à votre tour poussées à vous révéler plus intimement et à œuvrer à une introspection neuve dans votre travail ? Ainsi, lorsque vous avez entendu comme une voix provenir une nuit des lettres et vous appelez « Célia », n’était-ce pas également un appel, vocatif, à vous confier également comme Marcelle, c’est-à-dire œuvrer ici à une dimension politique de l’intime et être, comme votre grand-mère, « Bien décidée à vivre son existence de femme libre » ?
Au départ, je n’avais aucunement en tête d’écrire un roman. Encore moins de prendre la parole. Je m’en suis d’abord tenue à la lecture d’archives qui m’étaient confiées : plusieurs mois de déchiffrement patient, car tout était en vrac. J’ai simplement pris des notes, de mémoire, pour voir ce qui se déposait, persistait en moi de toute cette matière biographique, laissant un tri spontané, subjectif, opérer. L’effet de cette lecture a été très fort, parfois sidérant. Les échos, les courts-circuits : les termes par exemple avec lesquels s’exprimait en 1938 l’homophobie étaient ceux qu’il m’arrivait encore d’entendre, au point que je me suis demandée si, depuis cette époque, rien n’avait changé, ou si ces choses cycliquement revenaient. J’ai laissé cette expérience mûrir en moi et l’idée d’écrire une fiction depuis cette expérience de lecture a fait son chemin. Ce faisant, de manière assez naturelle, face à ces êtres qui se mettaient à nu, se livraient, j’ai pris des nouvelles de moi-même : mes premiers émois, mes déclarations d’amour. Là, je me suis mise à composer, avec une certaine inquiétude, cette partition étrange, polyphonique. Hybride. Pleine de corps et de trouble. Le tressage de la fiction et des passages à la première personne ont pour fonction de montrer ces zones de contact, de porosité, où le passé et le présent, les réminiscences et l’invention se regardent, se touchent, flirtent. La mémoire et la rêverie plusieurs fois se confondent. Ainsi l’histoire sentimentale et sexuelle de mes grands-parents a-t-elle été l’occasion d’un dialogue presque fantastique, à travers le temps, avec des morts. Et avec des vivants. Avec les sœurs à Liège. Avec la mère de la narratrice qui, comme ces personnages que l’on découvre à la fin de Fahrenheit 451, le film de François Truffaut, est une bibliothèque en chair et en os. Ces vies de femmes m’ont indiqué, oui, le chemin de la liberté. Je n’ai pas particulièrement le goût de l’archive, ni celui de dire JE ; JE est la personne de la narratrice. Elle prolonge et met en dialogue, un peu comme dans L’échelle de Jacob, le beau livre de Ludmila Oulitskaïa, une lignée de femmes. JE devient un personnage qui entre dans la ronde. Mais il est vrai que rêver une fiction d’après cette correspondance, explorer ces temps antérieurs m’a offert, à titre personnel, des ressources pour regarder le présent. J’y ai puisé aussi une forme et une situation nouvelles d’écriture. Des forces.
La pudeur ? Je ne dis pas tout, ni des personnages ni de la narratrice. Je me tiens au bord. La pudeur consiste peut-être à savoir s’arrêter à un certain point. L’érotisme, selon moi, se nourrit de ce vertige de ne pas tout savoir. De ne pas tout montrer. De susciter le désir chez l’autre. De laisser une place à l’invisible et au silence. Mais dans un roman qui serait un corps chaud.
Enfin ma dernière question voudrait porter sur la place de la musique, centrale entre toutes, dans Notre-Dame-des-Anges. Si, au moins depuis Gil, la musique forme comme le cœur vibratoire de votre écriture, la musique joue ici un rôle premier à la fois de manière référentielle mais aussi sur les cordes de la sensibilité qui animent les personnages. La musique ici, comme à votre habitude, n’est pas une simple bande-son qui accompagne les scènes mais l’expression d’un sensible qui témoigne d’une sensualité, qui trouve dans la musique l’expression d’un érotisme et comme dans Gil une interrogation sur la sexualité ou tout du moins l’expression des genres. En quoi la musique constitue-t-elle dans Notre-Dame-des-Anges une part certaine de « l’étrange mécanique du souvenir, et plus encore, celle du rêve » qui préside plus largement, selon vous, à l’écriture de cette fiction ?
Les personnages sont tous musiciens. C’est leur langage. Henri prend des nouvelles de Marcelle en l’écoutant jouer à la radio. Comme un fantôme, il « tourne les pages » de la partition. Cette correspondante était pleine de corps et de musique. J’ai donc tenu à re-créer des concerts, des enregistrements, des cours de piano, donner une place particulière aux voix (la berceuse en yiddish de Rachel, le chant du crooner égyptien Farid El Atrache). À ce titre, ce livre prolonge, en effet, l’expérience de Gil. De toute façon, je ne pourrais pas imaginer de roman sans la présence de cette dimension sonore. J’écris d’oreille. Et la musique c’est de l’écriture. Dans Notre-Dame-des-Anges, aborder les archives écrites du point de vue du son qu’elles recèlent m’a évidemment aidée, inspirée pour fabriquer la fiction. Par exemple : donner vie à une femme (Mary), amante de ma grand-mère invisibilisée dans le roman familial, c’était vertigineux. Alors j’ai tenté non de faire parler ses lettres, en forçant l’interprétation des traces manuscrites (j’ai toujours eu du mal avec la graphologie), mais en laissant venir le son des mots, en tendant l’oreille. Laissant monter des inflexions pour imaginer un corps, un charme, des fragilités. J’ai pris très au sérieux le modèle technique du piano mécanique : des pianistes enregistraient, gravaient, des rouleaux. Ensuite, un technicien pratiquait des ajustements, apportait des nuances de mémoire et d’oreille. De sorte que le pianola puisse rejouer un morceau avec le toucher, les accents et le tempo d’Arthur Rubinstein ou Alfred Cortot. La mécanique est mise ici au service du sensible. Le son sort des trous. Dans mon roman, la main - de la pianiste, de l’amante, de celle qui écrit - est omniprésente. On voit aussi des femmes bricoler : les sœurs, Mary. Je tenais à montrer ces gestes souvent réservées aux hommes. Rendre hommage à ces pionnières qui ont su s’approprier les savoirs mécaniques, lieux de pouvoir culturel et social.
Comme les rouleaux de l’Aeolian Company que possédait ma grand-mère ont disparu, j’ai dû imaginer tout un répertoire, des sonorités. La musique est née de la lecture des archives. J’ai cherché d’oreille, je l’ai dit, laissant les choses venir à moi, en bricolant à mon tour des formes, des phrases, des respirations. Pratiquant ponctuellement le montage cut. Élaborant à tâtons une poétique de la mémoire et de la transmission, mais que je voulais pleine de trous, capable d’accueillir des éléments plus inconscients qui ont avoir avec la violence sociale et politique. Sur ce point, une lecture m’a beaucoup marquée lors de la préparation du roman, c’est : Rêver sous le IIIeme Reich de Charlotte Beradt. Des rêves recueillis auprès d’hommes et de femmes de tous milieux entre 1933 à 1939 à Berlin, qui montrent comment le régime nazi a assassiné le sommeil de tout un peuple, colonisé les esprits, dicté des cauchemars. Dans mon roman, la musique n’est assurément pas une bande-son. Mais elle s’invite un peu tout le temps. Dans les moments de bonheur (la naissance de Jeannette) ou lorsqu’il y a péril (une arrestation en pleine forêt). Marcelle donne des leçons de piano et des concerts pour gagner sa vie, pour survivre. Sa sœur Jacqueline, la violoncelliste, sauve aussi sa peau et celle de sa meilleure amie grâce à la musique. Dans la vie comme dans les livres, je crois à la musique comme espace pour le rêve et la résistance. Je trouve merveilleuse, salvatrice, sa capacité à ouvrir intimement et collectivement d’autres possibles.

Célia Houdart, Notre-Dame-des-Anges, POL, août 2026, 240 pages, 20,50 euros


