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Addie E. Citchens : Satire à fleur de peau (Les Révérentes)
Addie E. Citchens © Britt Smith/Gallimard Le premier roman d’Addie E. Citchens, traduit par David Fauquemberg, s’ancre dans une ville fictive du Mississippi, Dominion, dont le nom annonce déjà ce qui suivra. Les premières pages donnent d’ailleurs le ton : l’histoire compilée de l’Église missionnaire baptiste des Sept Sceaux déborde d’anecdotes sarcastiques. Ici, les femmes se soumettent ; les hommes font plier ou rompent. Ici, le Verbe sert à justifier l’injustifiable ou peu

Cécile Péronnet
il y a 4 jours


Victoria Kaario : « Il s’agissait de regarder là où ça fait mal et de mettre en mot ce qui m’apparait comme le plus grand des bénéfices secondaires : le recul » (Mon œil)
© Aminata Beye Pour clore le cycle de ses entretiens de la rentrée littéraire, Collateral a choisi de mettre en avant l'un des premiers romans parmi les étonnants et sensibles de cette saison : Mon oeil de Victoria Kaario paru aux éditions Verdier. Récit d'expérience, récit d'expérimentation, Mon oeil débute sur le strabisme de la narratrice pour s'intéresser progressivement à ce qui ne nous regarde pas. Ou plutôt sur cette vie familiale qui regarde la narratrice : celle de l

Johan Faerber
16 oct.


Rachida Brakni, Akram Belkaïd : Prix littéraires de la Grande Mosquée de Paris
Le 13 octobre 2026, le jury des prix littéraies de la Grande Mosquée de Paris a décerné à Rachida Brakni le prix du meilleur roman pour La Part absente et à Akram Belkaïd ; le prix du meilleur essai pour Chroniques du Ramadhan. Pour rappel au cas où on n’aurait pas eu le temps de les lire… Le 15 septembre 2026, Collateral était au rendez-vous pour inciter à la lecture du second roman de Rachida Brakni, sous le titre « L’effacement (La Part absente) ». Deux projets y cohabite

Christiane Chaulet Achour
16 oct.


Jaakko Yli-Juonikas et l’administration du cerveau
© Sampo Korhonen Patient du CHU de Turku, Silvo Näre fait l’objet d’une enquête criminelle et entend Gereg Bryggman, une voix autoritaire présentée comme le véritable héros de son histoire. Neurologues compromis, policiers, parents, firmes pharmaceutiques et malades se croisent dans un récit de 229 chapitres dont le lecteur choisit parfois la suite. Paru en Finlande en 2012, Neuromaniac arrive pour la première fois en français dans une traduction de Sébastien Cagnoli et une

Charles Garatynski
16 oct.


Pierre Adrian : « Ces souvenirs, je les raconte, parce que sans eux l’été n’existerait pas. Le mois d’août est mémoire. Il est le ressac du passé sur plages » (Le pays des étés)
Pierre Adrian (c) Francesca Mantovani/Gallimard Le personnage principal est la maison familiale du narrateur, celle de ses vacances en Bretagne. Elle était déjà au centre du récit Que reviennent ceux qui sont loin, publié en 2022, dans lequel le narrateur, trentenaire, racontait son retour en Bretagne après lui avoir préféré, pendant plusieurs étés, d’autres mers, d’autres lieux, pour fuir ce temps ritualisé des vacances estivales en famille. Pourtant, il se rend compte que

Cécile Vallée
14 oct.


Polina Panassenko : « Si vous n'allez pas chercher le membre de votre famille qui a disparu dans les camps, personne ne pourra le faire à votre place » (À voix haute)
Polina Panassenko (c) Patrice Normand/L'Olivier Grand et éclatant beau livre que livre Polina Panassenko avec À voix haute, son second roman qui paraît cette rentrée à L'Olivier. Comme un écho diffracté à son premier texte, Tenir sa langue, la romancière dévoile ici ce qu'il advient à sa narratrice qui revient à Moscou pour y étudier l'art théâtral. Mais rapidement ce retour mosovite va prendre un tour politique violent par lequel la jeune femme va être conduite à mener une e

Johan Faerber
13 oct.


Jean Sénac, ou l'Algérie comme blessure et comme promesse
Cent ans ; oui, c'est l'âge qu'aurait eu Jean Sénac s'il avait vécu jusqu'à nous, aujourd'hui. Mais il est mort à quarante-sept ans. Mort brutale, assassiné à coups de couteau dans sa cave de la rue Élisée-Reclus à Alger. Mort pauvre, marginalisé, abandonné. Pourtant, rares sont les poètes qui auront incarné à ce point ce que la poésie porte de plus sublime et de plus douloureux : la beauté et la blessure, l'amour et la révolte, le chant et le combat. Car il faut le dire d'e

Arezki Metref
13 oct.


L’écriture-jazz de James Baldwin
Hanny Fries, James Baldwin, stylo à bille sur papier sur carton, 17.3 x 12 cm., 1965 © Fondation Righini-Fries Zürich, DR James Baldwin (1924-1987) loin d’un conte de fées littéraire. Le centenaire de sa naissance permit d’honorer l’écrivain trop souvent présenté de manière réductrice comme militant noir du mouvement pour les droits civiques et figure de proue de la libération gay[1]. La poétesse et artiste contemporaine Harmony Holiday dénonce clairement : « il est presque

Christophe Solioz
12 oct.


"Cadavérée" de Jean-Michel Devésa
« Le passé n’est vivant que dans la mémoire » « L’élaboration de ce roman serait-elle aussi astringente que l’ingurgitation d’un tord-boyaux ? Son auteur serait-il promis à une cadavérisation en torsions et spasmes – un volvulus ? » (p. 44-45) Jean-Michel Devésa revient, à cette rentrée littéraire, avec une septième œuvre, Cadavérée, seconde publication chez l’éditeur Le Temps des cerises. Récit ? Essai ? Bien difficile à dire car il est impossible de le classer, comme s

Christiane Chaulet Achour
12 oct.


Laure Gouraige : « Le livre est traversé par la mort, mais son écriture reste pour moi associée à quelque chose d’extrêmement vivant » (Grave : trois phrases sur la mort de mon chat)
Laure Gouraige (c) Dorian Prost/Les Intranquilles Sans doute, avec Grave, Laure Gouraige signe-t-elle à la fois son plus beau texte et l'un des poignants de cette rentrée. Paru aux toutes jeunes Editions Intranquilles au catalogue déjà remarquable, ce bref récit rend un hommage double à la fois à Umbra, le chat décédé de l'autrice auquel s'entremêle l'évocation de la grand-mère disparue. Est-ce que le texte vaut la peine d'être écrit ? Comment parler de soi au bord du vide ?

Johan Faerber
9 oct.


« La littérature de franchise et son made-by »
Thélyson Orélien (c) JF Paga/Grasset Le 25 septembre, l'Académie Goncourt a retiré C'était ça ou mourir de sa première sélection. Quatre jours plus tôt, un compte anonyme baptisé « Balance ton Claude » accusait Thélyson Orélien d'avoir écrit son roman presque entièrement avec une intelligence artificielle. Entre ces deux dates, on a vu des puritains d'un genre nouveau jurer n'avoir jamais ouvert ChatGPT, et d'autres s'en vanter. L'affaire sera peut-être tranchée, mais la que

Charles Garatynski
7 oct.


De Claire de Duras à Cécile Chabaud & Miranda Spieler : Le retour d’Ourika
« L’héroïne d’un roman qui fait pleurer tout Paris… C’est l’histoire d’une petite noire élevée en Europe dans une grande famille blanche, et qui souffre de sa couleur et en meurt » (Aimé Césaire, La Tragédie du roi Christophe, 1963, Acte II, scène 2) Tour à tour, le récit Ourika a bénéficié de qualifications nombreuses et contrastées : anti-esclavagiste / esclavagiste, anti-colonialiste / colonialiste, féministe / non-féministe, mais aussi romantico-sentimental et paternal

Christiane Chaulet Achour
7 oct.


Phoebe Hadjimarkos Clarke : « Le récit d’une femme ménopausée est un terrain d’exploration extraordinaire pour la fiction » (Le Livre des souterrains)
Phoebe Hadjimarkos Clarke (c) Astrid di Crollalanza/Editions du sous-sol Un grand livre de son époque et sur son époque : impossible de ne pas immédiatement se formuler cette sentence après la lecture troublante et marquante du Livre des Souterrains de Phoebe Hadjimarkos Clarke qui paraît cette rentrée aux Editions du sous-sol. Après le remarquable et magnétique Aliène, la romancière revient avec l'histoire de Marie Marzouk dont on nous livre journal intime et liasse de récit

Johan Faerber
6 oct.


L’affaire Thélyson Orélien. Rester humains au temps des réseaux sociaux et de l’IA
Thélyson Orélien (c) JF Paga/Grasset En suivant la presse française, du moins quelques quotidiens, je suis tombée, il y a environ une semaine au moment où j’écris ces lignes, sur un article de Mediapart qui racontait le cas d’un écrivain haïtien accusé d’avoir écrit son roman en ayant recours à l’Intelligence Artificielle. Le même jour, l’information était également reprise par Le Figaro et, presque au même moment, je voyais apparaître sur Facebook le communiqué de presse de

Sara Durantini
6 oct.


Ananda Devi : « Il faut des gestes extrêmes, sublimes et fous, pour enraciner la mémoire. Et une continuité dans la transmission pour éviter la rupture. » (Chronique d’un royaume perdu)
Ananda Devi (c) JF Paga/Grasset C’est au cours de ses recherches pour son doctorat d’anthropologie, sur une minorité indienne de l’île Maurice, qu’Ananda Devi rencontre les habitants d’un village isolé au sud de l’île. Ils lui expliquent qu’ils descendent de deux uniques familles, l’une blanche, l’autre noire. L’autrice a porté pendant quarante ans cette histoire avant de se lancer dans cette grande fresque qui raconte la vie de cette famille sur quatre générations. La quatr

Cécile Vallée
5 oct.


Emma Marsantes : « De l'impardon à l'inespérance » (N'efface pas mes cercles)
Emma Marsantes (c) Patrice Normand/Editions Verdier N'efface pas mes cercles rouvre la brèche créée par le suicide de la mère de la narratrice. Un jour, Elsa met brutalement fin à une vie de soumission, et décide de tout renverser, « la morale et la chaise ». En retraçant les contours de ce drame, Emma Marsantes livre un roman familial en forme d'étau. Sélectionnée dans la première liste du Prix Goncourt 2026. * Le mercredi 8 octobre 1980, dans un appartement cossu de N

Apolline Limosino
5 oct.


Christiane Chaulet Achour et Frantz Fanon : un essai pour nous empêcher de dormir
Christiane Chaulet Achour (c) JMDevésa « Je te jure aujourd’hui que chaque fois et en quelque lieu où la liberté sera menacée, je m’engagerai. » Frantz Fanon à son frère Joby, dans une lettre de 1943. Le champ littéraire, sa scène critique, et la vie académique délimitent un espace relationnel cruel, aussi n’est-il pas impossible pour que, de Christiane Chaulet-Achour et de ma pauvre personne, on se gausse, nous reprochant de concocter l’un pour l’autre des articles de c

Jean-Michel Devésa
2 oct.


Gaëlle Obiégly : « Les artistes ont la capacité de traverser les cloisons sociales, les époques, et de renverser les hiérarchies » (Rien à voir)
Gaëlle Obiégly (c) Francesca Mantovani/Gallimard Enlevé, brillant, enjoué : tels sont les mots qui viennent à l'esprit après avoir refermé Rien à voir de Gaëlle Obiégly qui paraît en cette rentrée chez Verticales. Chargée de faire des fiches de lecture, la narratrice commence à présenter les livres qu'elle emprunte à la médiathèque de Bagnolet quand, de fil en aiguille, et de digressions en digressions de digressions, nous voilà au coeur d'expositions d'art contemporain et co

Johan Faerber
30 sept.


Regarder la critique : « L’affaire » Thélyson Orélien et le paysage médiatique français
La première victime de la désormais affaire Thélyson Orélien, si ce n’est l’auteur lui-même au vu des accusations ad hominem que j’ai pu lire ça et là sur sa personne, est le monde des critiques littéraires et des médias. Coupables ou victimes malheureuses, il est tentant de leur attribuer ces deux épithètes tant ils ont contribué, par leur enthousiasme majoritaire, à la renommée empoisonnée de C’était ça ou mourir. On dira que les services de presse, le marketing et l’excita

Charles Mouliès
29 sept.


Inam Bioud : Houaria
« On peut réduire en poussière des millions de créatures humaines pendant des dizaines et des dizaines d’années, et la terre bourrée d’assassinés ne tremble pas. On n’entend pas des millions de cris. Jusqu’au jour où soudain un cri perce les lourdes couches du silence ». Hélène Cixous, La Ville parjure ou le réveil des Érinyes (1994). En préambule à cette approche du roman Houaria, écrit et publié en arabe [oct. 2023, Alger, éd. Mim], il faut dire d’emblée que son approc

Zohra Bouchentouf-Siagh & Christiane Chaulet Achour
29 sept.
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