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Pierre Adrian : « Ces souvenirs, je les raconte, parce que sans eux l’été n’existerait pas. Le mois d’août est mémoire. Il est le ressac du passé sur plages » (Le pays des étés)
Pierre Adrian (c) Francesca Mantovani/Gallimard Le personnage principal est la maison familiale du narrateur, celle de ses vacances en Bretagne. Elle était déjà au centre du récit Que reviennent ceux qui sont loin, publié en 2022, dans lequel le narrateur, trentenaire, racontait son retour en Bretagne après lui avoir préféré, pendant plusieurs étés, d’autres mers, d’autres lieux, pour fuir ce temps ritualisé des vacances estivales en famille. Pourtant, il se rend compte que

Cécile Vallée
il y a 1 jour


Polina Panassenko : « Si vous n'allez pas chercher le membre de votre famille qui a disparu dans les camps, personne ne pourra le faire à votre place » (À voix haute)
Polina Panassenko (c) Patrice Normand/L'Olivier Grand et éclatant beau livre que livre Polina Panassenko avec À voix haute, son second roman qui paraît cette rentrée à L'Olivier. Comme un écho diffracté à son premier texte, Tenir sa langue, la romancière dévoile ici ce qu'il advient à sa narratrice qui revient à Moscou pour y étudier l'art théâtral. Mais rapidement ce retour mosovite va prendre un tour politique violent par lequel la jeune femme va être conduite à mener une e

Johan Faerber
il y a 2 jours


Jean Sénac, ou l'Algérie comme blessure et comme promesse
Cent ans ; oui, c'est l'âge qu'aurait eu Jean Sénac s'il avait vécu jusqu'à nous, aujourd'hui. Mais il est mort à quarante-sept ans. Mort brutale, assassiné à coups de couteau dans sa cave de la rue Élisée-Reclus à Alger. Mort pauvre, marginalisé, abandonné. Pourtant, rares sont les poètes qui auront incarné à ce point ce que la poésie porte de plus sublime et de plus douloureux : la beauté et la blessure, l'amour et la révolte, le chant et le combat. Car il faut le dire d'e

Arezki Metref
il y a 2 jours


L’écriture-jazz de James Baldwin
Hanny Fries, James Baldwin, stylo à bille sur papier sur carton, 17.3 x 12 cm., 1965 © Fondation Righini-Fries Zürich, DR James Baldwin (1924-1987) loin d’un conte de fées littéraire. Le centenaire de sa naissance permit d’honorer l’écrivain trop souvent présenté de manière réductrice comme militant noir du mouvement pour les droits civiques et figure de proue de la libération gay[1]. La poétesse et artiste contemporaine Harmony Holiday dénonce clairement : « il est presque

Christophe Solioz
il y a 3 jours


"Cadavérée" de Jean-Michel Devésa
« Le passé n’est vivant que dans la mémoire » « L’élaboration de ce roman serait-elle aussi astringente que l’ingurgitation d’un tord-boyaux ? Son auteur serait-il promis à une cadavérisation en torsions et spasmes – un volvulus ? » (p. 44-45) Jean-Michel Devésa revient, à cette rentrée littéraire, avec une septième œuvre, Cadavérée, seconde publication chez l’éditeur Le Temps des cerises. Récit ? Essai ? Bien difficile à dire car il est impossible de le classer, comme s

Christiane Chaulet Achour
il y a 3 jours


Laure Gouraige : « Le livre est traversé par la mort, mais son écriture reste pour moi associée à quelque chose d’extrêmement vivant » (Grave : trois phrases sur la mort de mon chat)
Laure Gouraige (c) Dorian Prost/Les Intranquilles Sans doute, avec Grave, Laure Gouraige signe-t-elle à la fois son plus beau texte et l'un des poignants de cette rentrée. Paru aux toutes jeunes Editions Intranquilles au catalogue déjà remarquable, ce bref récit rend un hommage double à la fois à Umbra, le chat décédé de l'autrice auquel s'entremêle l'évocation de la grand-mère disparue. Est-ce que le texte vaut la peine d'être écrit ? Comment parler de soi au bord du vide ?

Johan Faerber
il y a 6 jours


« La littérature de franchise et son made-by »
Thélyson Orélien (c) JF Paga/Grasset Le 25 septembre, l'Académie Goncourt a retiré C'était ça ou mourir de sa première sélection. Quatre jours plus tôt, un compte anonyme baptisé « Balance ton Claude » accusait Thélyson Orélien d'avoir écrit son roman presque entièrement avec une intelligence artificielle. Entre ces deux dates, on a vu des puritains d'un genre nouveau jurer n'avoir jamais ouvert ChatGPT, et d'autres s'en vanter. L'affaire sera peut-être tranchée, mais la que

Charles Garatynski
7 oct.


De Claire de Duras à Cécile Chabaud & Miranda Spieler : Le retour d’Ourika
« L’héroïne d’un roman qui fait pleurer tout Paris… C’est l’histoire d’une petite noire élevée en Europe dans une grande famille blanche, et qui souffre de sa couleur et en meurt » (Aimé Césaire, La Tragédie du roi Christophe, 1963, Acte II, scène 2) Tour à tour, le récit Ourika a bénéficié de qualifications nombreuses et contrastées : anti-esclavagiste / esclavagiste, anti-colonialiste / colonialiste, féministe / non-féministe, mais aussi romantico-sentimental et paternal

Christiane Chaulet Achour
7 oct.


Phoebe Hadjimarkos Clarke : « Le récit d’une femme ménopausée est un terrain d’exploration extraordinaire pour la fiction » (Le Livre des souterrains)
Phoebe Hadjimarkos Clarke (c) Astrid di Crollalanza/Editions du sous-sol Un grand livre de son époque et sur son époque : impossible de ne pas immédiatement se formuler cette sentence après la lecture troublante et marquante du Livre des Souterrains de Phoebe Hadjimarkos Clarke qui paraît cette rentrée aux Editions du sous-sol. Après le remarquable et magnétique Aliène, la romancière revient avec l'histoire de Marie Marzouk dont on nous livre journal intime et liasse de récit

Johan Faerber
6 oct.


L’affaire Thélyson Orélien. Rester humains au temps des réseaux sociaux et de l’IA
Thélyson Orélien (c) JF Paga/Grasset En suivant la presse française, du moins quelques quotidiens, je suis tombée, il y a environ une semaine au moment où j’écris ces lignes, sur un article de Mediapart qui racontait le cas d’un écrivain haïtien accusé d’avoir écrit son roman en ayant recours à l’Intelligence Artificielle. Le même jour, l’information était également reprise par Le Figaro et, presque au même moment, je voyais apparaître sur Facebook le communiqué de presse de

Sara Durantini
6 oct.


Ananda Devi : « Il faut des gestes extrêmes, sublimes et fous, pour enraciner la mémoire. Et une continuité dans la transmission pour éviter la rupture. » (Chronique d’un royaume perdu)
Ananda Devi (c) JF Paga/Grasset C’est au cours de ses recherches pour son doctorat d’anthropologie, sur une minorité indienne de l’île Maurice, qu’Ananda Devi rencontre les habitants d’un village isolé au sud de l’île. Ils lui expliquent qu’ils descendent de deux uniques familles, l’une blanche, l’autre noire. L’autrice a porté pendant quarante ans cette histoire avant de se lancer dans cette grande fresque qui raconte la vie de cette famille sur quatre générations. La quatr

Cécile Vallée
5 oct.


Emma Marsantes : « De l'impardon à l'inespérance » (N'efface pas mes cercles)
Emma Marsantes (c) Patrice Normand/Editions Verdier N'efface pas mes cercles rouvre la brèche créée par le suicide de la mère de la narratrice. Un jour, Elsa met brutalement fin à une vie de soumission, et décide de tout renverser, « la morale et la chaise ». En retraçant les contours de ce drame, Emma Marsantes livre un roman familial en forme d'étau. Sélectionnée dans la première liste du Prix Goncourt 2026. * Le mercredi 8 octobre 1980, dans un appartement cossu de N

Apolline Limosino
5 oct.


Christiane Chaulet Achour et Frantz Fanon : un essai pour nous empêcher de dormir
Christiane Chaulet Achour (c) JMDevésa « Je te jure aujourd’hui que chaque fois et en quelque lieu où la liberté sera menacée, je m’engagerai. » Frantz Fanon à son frère Joby, dans une lettre de 1943. Le champ littéraire, sa scène critique, et la vie académique délimitent un espace relationnel cruel, aussi n’est-il pas impossible pour que, de Christiane Chaulet-Achour et de ma pauvre personne, on se gausse, nous reprochant de concocter l’un pour l’autre des articles de c

Jean-Michel Devésa
2 oct.


Gaëlle Obiégly : « Les artistes ont la capacité de traverser les cloisons sociales, les époques, et de renverser les hiérarchies » (Rien à voir)
Gaëlle Obiégly (c) Francesca Mantovani/Gallimard Enlevé, brillant, enjoué : tels sont les mots qui viennent à l'esprit après avoir refermé Rien à voir de Gaëlle Obiégly qui paraît en cette rentrée chez Verticales. Chargée de faire des fiches de lecture, la narratrice commence à présenter les livres qu'elle emprunte à la médiathèque de Bagnolet quand, de fil en aiguille, et de digressions en digressions de digressions, nous voilà au coeur d'expositions d'art contemporain et co

Johan Faerber
30 sept.


Regarder la critique : « L’affaire » Thélyson Orélien et le paysage médiatique français
La première victime de la désormais affaire Thélyson Orélien, si ce n’est l’auteur lui-même au vu des accusations ad hominem que j’ai pu lire ça et là sur sa personne, est le monde des critiques littéraires et des médias. Coupables ou victimes malheureuses, il est tentant de leur attribuer ces deux épithètes tant ils ont contribué, par leur enthousiasme majoritaire, à la renommée empoisonnée de C’était ça ou mourir. On dira que les services de presse, le marketing et l’excita

Charles Mouliès
29 sept.


Inam Bioud : Houaria
« On peut réduire en poussière des millions de créatures humaines pendant des dizaines et des dizaines d’années, et la terre bourrée d’assassinés ne tremble pas. On n’entend pas des millions de cris. Jusqu’au jour où soudain un cri perce les lourdes couches du silence ». Hélène Cixous, La Ville parjure ou le réveil des Érinyes (1994). En préambule à cette approche du roman Houaria, écrit et publié en arabe [oct. 2023, Alger, éd. Mim], il faut dire d’emblée que son approc

Zohra Bouchentouf-Siagh & Christiane Chaulet Achour
29 sept.


Un chemin vers l’impossible : comment lire « C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien ?
« L’affaire » Thélyson Orélien est désormais connue de toutes et tous. Une « affaire », parce qu’autour de C’était ça ou mourir se sont agrégés, en quelques jours, soupçons, accusations et emballements médiatiques, sur fond de campagne aux relents ouvertement racistes orchestrés par l’extrême droite. Jusqu’à l’éviction du roman de la sélection du Goncourt, au motif, qui reste à établir, qu’il aurait été écrit avec l’aide de l’IA. À Collateral, nous voudrions regarder ce que

Charles Mouliès
28 sept.


Amandine Agić : « J’avais envie d’ajouter ma voix à celles de la petite internationale littéraire des diasporas yougoslaves et bosniennes » (D'un pays qui n'existe plus)
Amandine Agić (c) Marie Docher/L'Agency Avec D'un pays qui n'existe plus, Amandine Agić signe un des plus bouleversants premiers romans de cette rentrée littéraire. Paru aux éditions de l'Olivier, ce fort récit autobiographique dévoile l'histoire d'une jeune fille qui, issue de la seconde génération d'immigrés, née en France, raconte son expérience diffractée de la guerre en Ex-Yougoslavie dont dont père est issu. Être la descendante d'un pays démantelé et disloqué par la gue

Johan Faerber
25 sept.


Šeila Pohara : « Mon pays, la Yougoslavie, avait disparu, mais il nous restait nos histoires : il fallait les arracher à l’oubli » (Les Serments trahis)
Šeila Pohara (c) Francesca Mantovani/Gallimard Avec Les Serments trahis, Šeila Pohara signe un premier fulgurant qui fait entendre une voix aussi rare qu'émouvante. Magistral roman autobiographique, Les Serments trahis raconte l'histoire d'une enfance heureuse dans la Sarajevo des années 80 avant que la Yougoslavie n'implose et ne laisse plus qu'un sillage de morts dont la famille de Šeila Pohara va connaître l'horreur continue. La guerre en Yougoslavie, largement oubliée ou

Johan Faerber
23 sept.


Lilia Hassaine : « Une histoire d’hier. Une histoire d’aujourd’hui. » (Je)
Ce nouveau roman de Lilia Hallaine est un exemple magistral de ce que peut apporter une lecture actualisante d’un classique. Cette réécriture de La Prisonnière des sargasses (1966) de Jean Rhys, transfictionnalité de Jane Eyre, apporte, en effet, un éclairage contemporain sur le mécanisme de l’emprise masculine et le contexte colonial, tout en élaborant une intrigue romanesque réussie. « Chacune m’a regardée depuis son époque. Chacune s’est racontée à travers moi. » La narra

Cécile Vallée
22 sept.
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