En défense des voix féminines : Une conversation entre Emma Marsantes & Pauline Peyrade

On n'en revient pas mais on s'y attendait : à l'heure de l'impossible démasculinisation de la rentrée littéraire que déplorait notre édito de rentrée, c'est sans surprise que la semaine des grands prix d'automne a fini par ne récompenser absolument aucune autrice. Pourtant, il y en avait des romancières qui auraient pu prétendre aux mulitples titres puisque, rappelons-le, les voix féminines occupaient près de 80% des 460 romans parus cette rentrée.
Mais las, une fois encore, notamment le Medicis, le Renaudot ou le Goncourt échappent à une autrice avec pour clou de ce spectacle pyrotechnique patriarcal : le Femina qui revient au seul homme présent dans le quinté final. Faut le faire. Comme pour le problématique carré final du Goncourt qui ne comportait qu'une seule autrice, Clémentine Mélois, traitée à la fois comme un commode alibi mais aussi comme une pitoyable potiche puisque pas une traître voix n'est même allée lors des délibérations à Drouant à ses Choses que je croyais perdues. Carré final problématique puisque, de toute la production féminine, Mélois était l'une des rares à proposer une femme coupable d'adultère, tenue pour responsable de l'échec d'un couple. Une femme en position délicate donc puisqu'il faut dire que chez les Goncourt, sans doute, on préfère les femmes mortes comme chez Philippe Jaenada : une femme oui, mais comme personnage féminicidé. L'inconnue javelisée.
Ainsi, déconsidérées, les autrices ne semblent décidément pas avoir voix au chapitre dans ces grands prix commerciaux qui offrent des tirages conséquents. On veut bien tolérer des femmes dans l'économie éditoriale à partir du moment où on laisse aux hommes et l'argent et le pouvoir. On ne parle même pas des personnes racisées qui ont tout simplement disparu des toutes dernières sélections. Et pour les femmes, on leur donne des prix comme on donne une obole : consécration symbolique dans les marges et les limbes mais la visibilité est et demeurera patriarcale. C'est un fait. Un homme sur deux est une femme sauf pour les prix littéraires.
Alors que faire ? Peut-être poursuivre l'entreprise de nécessaire démasculinisation du champ littéraire en écoutant aujourd'hui une conversation entre Emma Marsantes, autrice du formidable N'efface pas mes cercles et Pauline Peyrade autrice des Habitantes. Une conversation qui porte sur leurs deux premiers romans respectifs, Une mère éphémère par Emma Marsantes et L'Âge de détruire de Pauline Peyrade à l'occasion des Enjeux Contemporains de "Littératures sur paroles" au Vieux-Colombier en octobre 2023.


