Mariana Alves : « Écrire ce récit, au-delà de l’hommage, a été clairement un acte militant » (La Classe et la fonction)
- Johan Faerber
- il y a 1 heure
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Indéniablement, avec La Classe et la fonction, Mariana Alvès signe un des très grands récits de cette année, comme on en lit rarement. En un style sec et ramassée, elle livre un premier roman, celui du récit mesuré mais poignant de la « Grande Petite » qui, fille de concierges portugais, va scruter la loge où ses parents exercent. Un lieu ramassé sans intimité, au cœur du 16e arrondissement, où locataires et propriétaires, les « Autres », les font se sentir comme des fantômes dans une vaste maison hantée. Battant en brèche la méritocratie, à la question des transfuges de classe, La Classe et la fonction oppose un constant entre-deux entre portugais parlé à la maison et français écrit à l’école, maison au Portugal, minuscule loge en France. Un grand texte que Collateral ne pouvait manquer de saluer le temps d’un grand entretien.
Ma première question voudrait porter sur la genèse de votre poignant et magistral premier récit, La Classe et la fonction qui vient de paraître chez Chandeigne & Lima dans la collection « Brûle-frontières ». Comment vous est venu le souhait d’écrire ce récit intime de votre enfance et de votre adolescence dans les années 1990 au cœur du 16e arrondissement, à Église d’Auteuil, où vos parents, immigrés portugais, ont longtemps été gardiens d’immeuble dans une loge qui n’est « pas qu’une loge » mais « une constellation de petites salles » ? S’agissait-il aussi bien pour vous de rendre un hommage aimant à vos parents ? Pourquoi avoir choisi de mettre en exergue deux phrases à l’entame de votre récit : la première : « Tout est vrai. Tout est faux » et la seconde : « Ceci est une histoire de maison hantée » ? Enfin, comment est venu le choix du titre, La Classe et la fonction qui, d’emblée, imprime une lecture politique à ce récit intime ?
J’ai toujours été fascinée par les récits de maisons. Dans mon imaginaire de lectrice, j’ai toujours trouvé qu’elles étaient des protagonistes parfaites : tant d’histoires pouvaient être racontées grâce aux maisons. Le lieu où j’ai grandi est devenu un lieu hanté. Pas de morts comme fantômes mais une violence sourde, constante qui avait imprégné les murs. J’avais beau avoir déménagé, changé de vie, je pensais sans cesse à cet endroit. Et je ne trouvais aucun texte en littérature pour exorciser cette histoire. Toutefois, il y a eu quelques déclics. Le premier a été l’article de Mickaël Correia dans Médiapart sur les femmes de ménage portugaises dans le Nord de la France. Ce texte a réveillé une colère qui sommeillait en moi depuis longtemps. Le second a été la lecture du premier roman de Polina Panassenko aux éditions de l’Olivier, Tenir sa langue. J’y ai trouvé une voix-sœur, la concrétisation d’une attente et surtout de l’espoir. Il y avait enfin de la place en littérature contemporaine pour ce genre de récits. Le dernier déclic est plus politique. Les débats s’intensifiaient sur la question du droit du sang versus droit du sol, sur la double nationalité. Écrire ce récit, au-delà de l’hommage, a été clairement un acte militant. Il était inconcevable pour moi de faire autrement. Pour ce faire, j’ai refusé toute tentation de fictionnaliser la constellation de « petites salles » qui constitue La Classe et la fonction. D’où le « tout est vrai ». Malgré tout, à partir du moment où l’on raconte des souvenirs d’enfance, on intègre des éléments subjectifs, des éléments de fiction. D’où le « tout est faux ». J’avais tout d’abord voulu nommer ce livre, Le Mérite, car ce terme, tant utilisé à tort et à travers qu’il ne veut plus rien dire, me semble inhérent à toute personne issue de l’immigration. Il faut être méritant, à tout prix. Au fur et à mesure de la conception du récit, j’ai listé une succession d’autres termes archétypaux qui bâtissaient l’image du « bon immigré » tels qu’« assimilation » par exemple. J’ai voulu les tourner en dérision, les décortiquer pour montrer leur véritable définition. Comme un commentaire composé à l’école.
Pour en venir au cœur de La Classe et la fonction, « la Grande Petite » s’impose comme le personnage central : à la fois protagoniste, fille des concierges mais aussi narratrice, le récit alternant troisième et première personne afin de souligner comme une distance critique, une manière d’étrangeté à soi. Cette scission énonciative, d’un « je » qui se dit « elle », signale une dépossession sociale tant votre récit pose en son centre la question de la classe sociale, et plus largement de l’affrontement classiste entre les dominants, appelés « Les Autres », et votre héroïne, d’une classe sociale inférieure et dominée. Ainsi votre récit se construit-il autour de l’évolution voire de la promotion sociale de « la Grande Petite » qui réussit à s’élever grâce à l’école puisqu’il est dit que « Le corps importe peu quand on a la tête bien faite » ou encore que « C’était remarquable qu’une immigrée et orpheline ait de si bonnes notes ».
Ma question ici sera double : diriez-vous que votre récit pourrait s’apparenter à un récit de transfuge de classe ? Diriez-vous également qu’il s’agit d’un récit de transfuge intersectionnel qui consiste aussi à voir un personnage non seulement changer de classe sociale mais aussi de culture, navigant entre le Portugal et la France : « Finalement, la Grande Petite avait de la chance, elle préférait la France » ?
La question des transfuges de classe renvoie à l’œuvre d’Annie Ernaux dont vous revendiquez la filiation citant La Honte : « La honte était devenue un mode de vie pour moi. ». Diriez-vous de La Classe et la fonction qu’il s’agit, comme Annie Ernaux le dit de ses récits, une « auto-socio-biographie » ?
Je ne suis pas à l’aise avec l’expression « transfuge de classe ». Je ne me considère pas du tout comme une transfuge, de classe ni de culture. Je préfère parler d’ « entre-deux ». J’ai eu une éducation très portugaise à la maison qui n’entrait pas en compétition avec l’enseignement linguistique et culturel inculqué à l’école. Je suis un mélange des deux et j’en suis fière. En France, on m’a souvent dit que je n’étais pas assez Française et au Portugal, que je n’étais pas assez Portugaise. Être fils/fille d’immigré.es est un travail d’équilibriste. On navigue en effet entre deux cultures qui sont aussi importantes l’une que l’autre. En quoi être Portugaise fait de moi une moins bonne Française ? Au contraire. Je me sens riche grâce à cette double culture, cette double nationalité. Et je suis donc ravie que mon roman fasse partie de la collection « Brûle-Frontières » aux éditions Chandeigne & Lima. Comme son nom l’indique, c’est une collection fondée par deux luso-descendantes [Mylène Oliveira Contival et Ana Maria Torres] qui veut donner un espace aux nouvelles voix issues de cet entre-deux culturel et linguistique.
La Classe et la fonction est clairement une « auto-socio-biographie » Je suis issue d’un milieu populaire mais j’ai grandi dans l’enclave la plus élitiste qui soit. Je n’ai jamais aspirée à devenir l’une des « Autres » décrits dans le roman. Par contre, j’ai accepté toute l’éducation qu’un quartier comme le XVIe arrondissement pouvait m’offrir. La violence de classe est présente dans chaque page. Je suis peut-être rancunière mais je ne l’oublie pas. Je n’ai pas vocation à oublier que je suis la « fille de la gardienne » et je n’en ai aucune envie. Je veux toutefois montrer ce que cela veut dire, casser les stéréotypes grossiers, mettre à nu le mépris de classe pour mieux le ridiculiser. Le 16e arrondissement a sa propre mythologie, très bien expliquée par le couple de sociologues Pinçon-Charlot. Je voulais le dépeindre à travers la vie et le regard des « invisibles », ces gens dits « indispensables » pendant le COVID mais que l’on n’entend jamais. Vous parliez d’un hommage aimant à mes parents. C’est plus que cela. C’est également un acte de vengeance. Lors de son discours à Stockholm, Annie Ernaux a dit qu’elle avait écrit pour « venger [s]a race ». Son œuvre m’a beaucoup inspirée. Ses motivations aussi.
Ce qui ne manque pas de frapper dans La Classe et la fonction, c’est la place prépondérante qu’occupe l’espace et en particulier la loge de concierge dans laquelle « la Grande Petite » vit avec le reste de sa famille. La loge devient presque un personnage à part entière, tant elle absorbe les vies pour mieux les annuler : « La loge est un croquemitaine qui brise les rêves de ceux qui osent à peine y croire. » Cette personnification fantastique réinterprète la précarité de l’habitat qu’une citation de Georges Perec sur l’espèce d’espace dévoile en ouverture de votre récit : « L’inhabitable : l’étriqué, l’irrespirable, le petit, le mesquin, le rétréci, le calculé au plus juste. » S’agissait-il ainsi pour vous dans La Classe et la fonction de dévoiler, par l’architecture de la loge que vous sondez, une manière de géopolitique du logement ? En quoi votre récit souligne la violence sociale d’un lieu qui confisque toute vie intime, les « Autres », à savoir les propriétaires et locataires sollicitant sans répit les concierges puisque « Pour eux, la loge est une dépense qu’ils exploitent et dont ils voudraient se débarrasser » ? En quoi le récit intime et autobiographique que vous offrez est une manière de répondre à la logique extime de la loge de concierge « faute de porte à soi » ?
Dès le départ, je voulais écrire sur la loge. J’avais réfléchi le squelette de ce roman à la manière d’un plan d’architecte, d’où son côté fragmentaire. Le 16e fait partie des « beaux quartiers » et regorge de trésors architecturaux tels que la rue Mallet-Stevens, le Castel Béranger ou l’atelier-appartement de Le Corbusier. Il y a l’apparence puis ce qui se cache derrière. Les chambres de bonne, les escaliers de service, la loge de concierge. Une architecture d’une autre époque qui perdure et qui crée naturellement une géographie de classe. Avec la loge, la question de la « fonction » révélait parfaitement la polysémie du mot. Comment peut-on occuper un espace comme une maison quand on vous réfute le droit de le faire ? Selon les termes du fonctionnalisme, la forme de la pièce doit s’adapter à son usage. Dès lors, un logement de fonction n’est pas une maison mais un espace à disposition ce qui annihile toute notion de vie privée, d’intimité. La définition de Georges Perec de l’inhabitable dans Espèces d’espaces m’avait troublée quand j’avais lu l’ouvrage. « Le mesquin, le rétréci, le calculé au plus juste » : la loge était la cristallisation de toute cette violence sociale infligée par les « Autres ». Elle est le lieu qui hante mais également l’agresseur qui blesse. Comme logement de fonction, elle a été modelée pour subvenir aux besoins de ceux qui l’exploitent et non de ceux qui y vivent. Il y a une double précarité : celle créée par le fonctionnalisme de l’espace et celle, plus sournoise, psychologique. En effet, comme la loge n’a jamais eu vocation à être une maison, l’intimité familiale passe toujours au second plan. La maison se trouve ailleurs, dans le pays d’origine, occupée quelques mois par an. Un autre archétype apparaît alors, celui de l’ « intégration ». La famille de la Grande petite ne peut s’intégrer dans ce paysage qu’à travers leur fonction. Il n’y a pas de cohabitation. Il n’y a qu’une relation de travail entre les employeurs et leurs employés. J’avais envie de narrer cette relation violente à travers les angles morts. Quand vous entrez dans un immeuble, votre regard se porte sur la porte d’entrée. La porte de la loge, elle, reste en périphérie, presqu’invisible. Ce roman est un moyen de retourner la narration. De faire des personnages secondaires, des protagonistes. De donner une autre lecture à des lieux sur lequel on ne pose pas le regard. Écrire ce roman, c’est aussi une manière de rebattre les cartes et de renverser le discours ambiant de l’intimité exposée. La fin du récit le précise : les véritables moments intimes ne peuvent pas être à la portée du lecteur car ils sont privés. A travers La Classe et la fonction, je propose une autre visite de l’immeuble, non pas porté par le regard de la classe dominante, mais par celui, plus intime, d’un personnage en quête en effet d’une « porte à soi ».
Récit politique, La Classe et la fonction l’est indéniablement notamment dans sa puissance féministe. En effet, se concentrant en premier lieu sur l’arrivée de la mère en France, votre texte pose d’emblée la question de l’intimité en la liant étroitement à l’émancipation féminine. Le récit politique est de se mettre en quête d’une chambre à soi : « Pour Maman, cette petite pièce était le début de l’autonomie. De l’indépendance. Une sorte de petit studio rien qu’à elle. » C’est aussi ce qui plus tard, au cours de sa scolarité dans le secondaire puis le supérieur, ce qui va déterminer son évolution, c’est de pouvoir étudier puis écrire dans une pièce à soi comme il est dit : « Très vite, la Grande Petite a compris son pouvoir et son utilité. La nécessité d’un espace à soi. D’un endroit où personne ne viendrait regarder, un lieu impénétrable. » Diriez-vous ainsi de La Classe et la fonction qu’il est un récit politique et, en particulier, féministe ?
Par son sujet, par ses personnages, par ses inspirations, La Classe et la fonction est résolument un récit féministe. En parallèle de la citation d’Annie Ernaux, j’ai mis un extrait d’une chanson pop de Claudia Pascoal, « Nasci Maria » [Je suis née Maria]. La chanteuse portugaise demande à sa mère si elle peut s’écarter de son destin, vu qu’elle est née « Maria », c’est-à-dire, femme. Le destin migratoire de la mère est intimement lié à un désir d’émancipation féminine. Venant de la campagne, désireuse de vivre pleinement à Paris, elle voit paradoxalement en la loge un moyen de trouver son indépendance. La loge est donc tout d’abord un symbole de liberté (financière, sociétale, etc.). Toutefois, la violence sourde des rapports de classe la transforme en une prison. Il y a quelques années, est sorti un film populaire qui a eu un énorme succès auprès de la communauté portugaise, « La Cage Dorée ». C’est un film qui a donné de la visibilité à des immigrés dont on sait peu de choses. Mais le titre-même révèle la duplicité de cette relation entre ceux que j’appelle les « Autres » et leurs employés. La Grande petite, elle, revendique également un désir d’indépendance, mais celui viendra avec la réappropriation d’une intimité. La sensation d’avoir enfin un chez-soi. La quête d’une chambre à soi n’est pas une chose nouvelle en littérature. La Grande petite va plus loin en revendiquant une intimité à soi. Cette revendication est peut-être un premier pas pour lutter contre ce système de classes oppressant. On a souvent dit de la communauté portugaise qu’elle était silencieuse. Un recueil d’essais, dirigé par Irène Dos Santos et Sonia Ferreira est sorti l’an dernier aux éditions du Cavalier Bleu, Les Portugais en France : une immigration invisible ? Il y a toute une partie sur les femmes portugaises, dont un article très intéressant de Dominique Vidal, « Comment Paris en est-elle venue à compter autant de concierges d’origine portugaise ? », que j’ai lu après avoir écrit mon roman. Écrire sur l’immigration, c’est un acte politique. Je ne peux pas le concevoir autrement. Un acte pour briser le silence, brûler les frontières et révéler les 1001 histoires qui composent la société française. De plus en plus de voix s’y intéressent. Ces dernières années, en BD notamment, de jeunes autrices ont fait des recherches dans leur histoire intime pour raconter ces destins invisibles et invisibilisés. Madeleine Pereira et sa Borboleta, par exemple, aux éditions Sarbacane ou Adeline Casier et son Em silêncio aux éditions La boîte à bulles. Non seulement il y a une envie de transmettre et de raconter haut et fort ces récits, mais également de créer une place à soi dans le panorama littéraire français. En effet, il existait très peu de romans, de récits, de livres avec des personnages principaux issus de l’immigration portugaise. Il y avait un véritable manque. Je n’entends pas le combler mais la parution de mon roman ou de celui de Damien Ribeiro (Les routes aux éditions du Rouergue, prix du deuxième roman en 2023) montre que l’espace existe pour ce genre de récits. Et j’espère que je pourrai lire, à l’avenir, d’autres romans sur des doubles cultures non encore explorées en littérature.
Ma dernière question voudrait enfin porter sur les influences qui ont pu être les vôtres lors de la composition de votre récit. Si Annie Ernaux ou Georges Perec ont pu être évoqués, vous faites également référence, au cours de votre texte, à ces voix contemporaines qui ont compté pour vous notamment celle de primo-romancières comme Polina Panassenko ou encore Fatima Daas qui, toutes deux, racontent combien leurs vies adolescentes comme la vôtre évoluaient entre deux milieux et deux cultures. En quoi ont-elles joué un rôle déterminant ? Quelles sont les autres inspirations qui ont pu être les vôtres ?
Je suis une grande lectrice de premiers romans. Il y a quelque chose en eux d’organique, de brut, de vrai. Je cherche cette sorte de vérité en littérature. Récemment, j’ai été très touchée par le roman de Caroline Dawson, Là où je me terre, où elle raconte son enfance d’immigrée chilienne à Montréal. Ce roman m’a époustouflée. Comme Polina Panassenko, j’ai senti une sororité tant dans le vécu que dans la manière d’écrire. Je dois avoir un penchant pour les éditions de l’Olivier, qui sait...
Bien entendu, sans Annie Ernaux, je n’aurais pas pu écrire ce texte. A travers ses romans, elle a montré qu’une littérature de l’intime était possible. Un intime fulgurant, sans pathos. Il y a également deux grandes dames qui ont transformé ma façon de voir le monde : Lydie Salvayre et Agota Kristof. Le Pas pleurer m’a prouvé que l’on pouvait fasciner une langue riche, subtile, drôle, méchante et merveilleuse en travaillant sur les deux langues. Mêler ses deux langues maternelles ne relève pas de la faute, mais du génie. Et l’ironie, savamment dosée, est salvatrice. Et Agota… La Classe et la fonction, c’est mon Analphabète à moi. Ce récit me tourmente encore, dans le bon sens du terme.
Je ne suis pas une lectrice oulipienne mais je me sens proche de Perec. J’ai vu La Classe et la fonction comme un jeu, avec des règles à respecter. Il y a plein d’« œufs de Pâques » dans ce récit. Des allusions à des films, à des lectures, à des chansons que j’ai pu écouter pendant la rédaction. Le chapitre 25, par exemple, est un clin d’œil à un recueil de poèmes de la poétesse américaine Lyn Hejinian, Ma vie : 25 phrases comportent ce chapitre, pour symboliser les 25 ans de la Grande petite et les 25m2 de son appartement. Les « Autres », encore un exemple, est une référence au film d’horreur, The Others, d’Alejandro Amenábar, qui est une adaptation de La Tour d’écrou d’Henry James (une histoire de maison hantée, on y revient) : pour la Grande petite, ce sont eux les fantômes qui la terrifient et créent son traumatisme alors qu’ils trouvent leur comportement complètement normal et adapté.
A l’instar de la Grande petite, j’ai puisé dans ma bibliothèque intérieure et ce roman est un concentré de mes lectures, majoritairement féminines. Je me suis beaucoup inspirée de la « Weird girl fiction » pour créer ma protagoniste. Je voulais qu’elle ait des allures d’héroïne de conte cruel. Je trouve qu’actuellement la littérature hispanophone est un vivier de voix incroyablement talentueuses et inspirantes. Sans oublier, finalement, les textes de Valérie Mréjen aux éditions Allia. Adolescente, je suis tombée sur Eau sauvage à la bibliothèque et cette lecture a changé ma façon d’envisager l’écriture. La Classe et la fonction est le concentré de toutes ces lectures d’autrices.
Mariana Alves, La classe et la fonction, Chandeigne & Lima, collection Brûle-frontières, février 2026, 112 pages, 18 euros