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Louisa Yousfi : « Je revendique le droit de disparaître dans le travail de la forme » (La Grande méthode)
Louisa Yousfi (c) Anthony Francin/La Fabrique Avec La Grande méthode, Louisa Yousfi signe un livre important. Important par sa force narrative, celle qui permet de creuser au plus profond de soi pour interroger ce qui reste du père quand celui-ci vient à mourir. Un texte qui n’hésite pas à dissoudre toutes les frontières génériques pour venir sonder les régimes de vérité, les régimes de croyances et offrir une parole neuve qui cherche à situer où nous sommes. Occidentée, la v

Johan Faerber
2 juin


Olivier Smolders : Liberté et résistance : leçons d’une histoire belge (Horace Van Offel. Histoire d’une trahison)
Le nom d’Horace Van Offel (1876-1944) ne dit pas grand-chose au public français. Même en Belgique, il a été vite oublié, malgré son rôle dans un épisode capital de l’histoire politique et culturelle du pays. En 1940, pendant quatre mois, Van Offel fut en effet le rédacteur en chef du journal Le Soir, dit « Le Soir volé », organe de presse choisi par les Allemands comme outil de propagande de l’idéologie nazie (il n’y avait pas en Belgique d’équivalent de la NRF). Rapidement d

Jan Baetens
2 juin


Retour sur L’Île de Luna : Edgar Morin, du deuil au deuil
Edgar Morin © Sens Critique La disparition d’Edgar Morin invite à reconsidérer certaines de ses déclarations anciennes, qui prennent aujourd’hui une résonance trouble, presque rétrospective, comme si elles revenaient autrement à l’écoute. Elle conduit aussi à relire L’Île de Luna, publié chez Actes Sud en 2017, qui mettait en récit la mort de sa mère — évènement matriciel de son imaginaire — dans une forme de retour différé sur une scène fondatrice. La mort écrite dans le ro

Simona Crippa
1 juin


Mohamed Kacimi : Genèse d’un parcours (Feu de Dieu)
« Grâce à Sartre, Naziha m’a sauvé de la solitude : je comprends alors que je ne suis pas le seul enfant à refuser de porter le fardeau de Dieu » (p. 193) Le récit qui vient d’être édité – chez Actes Sud comme de nombreux écrits de Kacimi – Feu de Dieu, est tout à fait singulier par sa matière et sa virtuosité d’écriture qui, à mon sens, en fait une de ses créations, en dehors de l’écriture théâtrale, la plus achevée. Au fil des pages, nous sommes tour à tour enchantés, subj

Christiane Chaulet Achour
1 juin


Cracker l'époque : Mathilde Blézat (épisode 2)
Cette semaine, nous avons le plaisir de recevoir Mathilde Blézat, autrice et journaliste, à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage Si on s’arrête, le monde s’arrête : manifeste pour la reconnaissance du travail gratuit, paru en 2026 aux éditions La Déferlante. Ce livre part d’un constat : si les mères, les retraitées, les travailleur·ses de l’aide à domicile et du nettoyage, ainsi que toutes les personnes qui prennent soin des autres faisaient grève, le monde ne fonc

Cracker l'époque
28 mai


Lénaïg Cariou : Les embrasures de la parole (Les Dires)
Lénaïg Cariou © Carole Desheulles / BnF Une ville qu’on quitte, des langues qui se cherchent, des paroles qu’on échange : c’est par ces motifs que l’on entre dans le deuxième livre de Lénaïg Cariou, paru aux éditons MF. D’À main levée (LansKine, 2024) aux Dires, la poète chemine d’un sens à l’autre, du toucher à l’ouïe, du contact entre les peaux aux circulations de bouche à oreille. Car c’est bien sous le signe de l’écoute que se place Les Dires, ensemble de « poèmes conver

Maud Lecacheur
27 mai


Barcelone, Godard et la fraternité des métaphores
(c) Jean-Michel Devésa Ricard Ripoll et moi, nous avons fait connaissance grâce au surréalisme et à une certaine littérature que nous aimons, laquelle englobe le Nouveau Roman et Tel Quel. Les mânes de René Crevel et de Salvador Dali, qui intellectuellement et affectivement étaient très proches, ont de fait été les parrains de notre amitié, c’était il y a longtemps, au tout début du XXIe siècle, Ricard, mon cadet de trois printemps, était en poste à l’Université Autonome de

Jean-Michel Devésa
27 mai


Une traversée nocturne stroboscopique au cœur de l’absence : 'Des hommes endormis' de Martin Crimp / mise en scène Ludovic Lagarde
Crédit photo - Marie Gioanni La pièce de Martin Crimp, Des hommes endormis – initialement une commande de Katie Mitchell pour la troupe du Deutsches Schauspielhaus de Hambourg (2018), traduite en français par Alice Zeniter – met en scène deux couples dans un appartement bourgeois : Julia et Paul ont tout donné à leurs carrières respectives, leur métier a tout rempli, ou plus exactement – on le comprend au fil des minutes qui s’écoulent – tout vidé. Même dans leur espace vita

Delphine Edy
26 mai


Fariba Hachtroudi : Edition et (in)visibilité (Guerre en Iran - Journal de bord 2025-2026)
« Je me couche à deux heures du matin, avec en tête un vœu simple, banal : dormir. Pourquoi est-elle si belle la nuit, et la rivière d’étoiles qui se déverse sur nous ? Nul doute, le plus beau refuge du monde est la langue des poètes de mon pays » (p. 88-89). Fariba Hachtroudi a publié de nombreux essais et récits ; on peut l’entendre dans certaines émissions de radio, lire parfois ses articles dans la presse. Elle est connue donc comme écrivaine et surtout comme militante

Christiane Chaulet Achour
26 mai


Cracker l'époque : Mathilde Blézat (épisode 1)
Cette semaine, nous avons le plaisir de recevoir Mathilde Blézat, autrice et journaliste, à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage Si on s’arrête, le monde s’arrête : manifeste pour la reconnaissance du travail gratuit, paru en 2026 aux éditions La Déferlante. Ce livre part d’un constat : si les mères, les retraitées, les travailleur·ses de l’aide à domicile et du nettoyage, ainsi que toutes les personnes qui prennent soin des autres faisaient grève, le monde ne fonc

Cracker l'époque
21 mai


L’effort de deuil et de trace dans l’œuvre d’Idir
Détail de couverture © Éditions du Rocher « Donne-moi la flûte et chante Car le chant est le secret de l’existence Et le sanglot de la flûte survivra Quand aura péri l’existence » Gibran Khalil Gibran « Cette petite flûte de nos montagnes Où la liberté s’engouffre S’unit au souffle du monde Et chante » Jean Sénac La force du mythe en littérature réside dans sa capacité, bien paradoxale, à évoquer des mondes qui, peut-être, n’existèrent jamais mais persistent au présent. Ré

Salah Améziane
20 mai


L'Art du mensonge au Forum des Images (jusqu'au 5 juillet)
Art de l’illusion par excellence, le cinéma ne cesse de fabriquer des récits qui troublent, séduisent et déplacent notre rapport à la vérité… pour notre plus grand plaisir de spectateur·ices, consentant sans réserve à l’artifice comme à la fascination des images ! Du cinéma au jeu vidéo, de la bande dessinée à la télé-réalité, la nouvelle thématique du Forum des images, L’Art du mensonge, propose une traversée jubilatoire et intranquille des territoires du doute et des faux-

La rédaction
20 mai


Grégoire Sourice : « Pour continuer à écrire sur le lotissement et faire exister autrement mes avatars sur Le Bon Coin, j’ai compris qu’il fallait aller vers le roman »(SecondeMain)
Grégoire Sourice (c) Adrien Bardi Aucun doute possible : avec SecondeMain, Grégoire Sourice ne signe pas seulement son premier roman mais l’un des romans les plus remarquables de l’année. Paru aux éditions José Corti, ce récit, bref, incisif et elliptique, raconte l’histoire singulière de HB, jeune étudiant revenu chez ses parents, qui retrouve un ami d’enfance qui poste sur un site de revente en ligne, Seconde Main, des objets de toute sorte. Magnétique et ambiguë, leur amit

Johan Faerber
19 mai


La prison de fer sombre au soleil d'une hérésie - Notes sur "Théorie du navigateur solitaire" de Gilles Grelet
Photo du compte Twitter de Gilles Grelet (c) DR Hors du commun La lecture de Théorie du navigateur solitaire m’a rendu moins seul. Non que ma vie soit dépeuplée, ni celle d’un célibataire. Mais me voilà moins seul à oser déclarer une certaine forme de non-appartenance au monde - alors que ne s’affirme aujourd’hui que le contraire : l’appartenance totale, à la Terre ou à la nation, à une identité ou un groupe socio-économique, leur description sociologique valant pour impérat

Frédéric Neyrat
19 mai


Nan Marci : Un récitatif de la survie et de la tendresse (Le Bonheur vient d’en bas)
Nan Marci © site de l’autrice https://www.nanmarci.com « Outre un livre de poésie important, le Bonheur vient d’en bas donne l’impression d’être pris dans le processus d’invention d’une forme rare de subjectivité textuelle. Cette voix ne fait pas un reportage de la souffrance ni de la folie sociale. Elle ne les traite pas en décor ou en hashtag. Elle s’y heurte, s’y érafle, et de ces âpres contacts elle ouvre des béances dans leur matière d’où apparaissent des domaines respi

Federico Calle Jorda
18 mai


Sophie Fontanel : Le retour de la Sultane (Shéhérazade et la 602e nuit)
« Anahide n’avait rien fait d’autre avec moi que de m’ouvrir un destin […] Un livre, ça ne naît pas qu’à un endroit, ca naît d’une gerbe de concordances » (p. 253) Les Mille et une nuits sont un espace de création très particulier : le flou autour de leur naissance et de leur diffusion, leur construction précaire et fragmentée, leur résurrection par la traduction, par le rassemblement des textes et par leur voyage dans plusieurs langues expliquent, en partie, leur exception.

Christiane Chaulet Achour
18 mai


Cracker l'époque : Marc Crépon (épisode 2)
Cette semaine, nous avons le plaisir de recevoir Marc Crépon, Philosophe, directeur de recherches au CNRS et auteur de Régression. Des temps sombres à venir publié début avril 2026 aux éditions Verdier. Nous avons cru certaines violences révolues. Elles reviennent : droits fragilisés, contre-pouvoirs attaqués, espaces critiques menacés. Ce que Marc Crépon appelle « régression » désigne une relégitimation progressive de la violence et de l’inacceptable. Faut-il s’y résigne

Cracker l'époque
14 mai


« Capturer les spectres : les voix fantômes de Sandra Moussempès » Chambre obscura (1994-2026) et Cassandre phonographiée
Sandra Moussempès (c) Corinne Salen Ce printemps, Sandra Moussempès fait paraître aux éditions MF son anthologie, Chambre obscura, une anthologie « augmentée », accompagnée d’une annexe sonore sous forme de QR code, Cassandre phonographiée, d’une préface écrite par la poétesse elle-même, et de six postfaces d’universitaires et d’auteurices. Retraçant trente-deux années d’un parcours poétique marqué par l’étrange et le sortilège, l’énigme et le non-dit, Chambre obscura a la pa

Sasha Auffret
13 mai


« Colette, une grande sœur » : Histoire d’une amitié
J’étais une enfant lorsque, par pur hasard, j’ai rencontré la voix de Colette parmi les nombreux livres de la bibliothèque de mon village, un petit bourg niché entre champs de blé et alignements de peupliers et de tilleuls, entre fontaniles et canaux, avec d’un côté le Pô et de l’autre le Monte Baldo. J’étais une enfant qui ne savait rien de Saint-Sauveur-en-Puisaye, de Châtillon-Coligny, de Rozven, et surtout rien de Paris. Et pourtant, ces noms, si lointains et apparemment

Sara Durantini
13 mai


Camille Ruiz : « Lorsqu’on est assignée à la classe des femmes, on est d’abord une femme, et un chien est d’abord un chien » (Un chien arrive)
Camille Ruiz & Ziggy (c) José Corti Avec Un chien arrive, Camille Ruiz signe un des livres parmi les plus importants de ces dernières années. Paru aux éditions José Corti, ce livre se présente comme une enquête autour de Camille Ruiz et de son chien si singulier, Ziggy avec lequel elle tisse dans son quotidien brésilien un lien affectif très fort. Loin de se limiter à un exploration de la relation maîtresse-chien, cet essai, qui est aussi une prospection biographique, dévoil

Johan Faerber
12 mai
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